Le père Nöel est-il un gros macho ?

Commençons à nous préparer… les catalogues de jouets ne vont pas tarder à nous envahir pour nous rappeler que les clichés ont la peau dure. D’un côté, un monde dégoulinant de rose guimauve, de douceur et de superficialité, des poupées de plus en plus déshabillées, sans oublier les ancestrales dinettes, têtes à coiffer, poupons et machines à coudre. De l’autre, un monde d’action, de guerre, de compétitivité, rempli de boites à outils, d’armes à feu et de bulldozers. Pourtant, il n’y a pas de chromosome du ménage chez les filles, pas plus qu’il n’y a un chromosome du bricolage chez les garçons… On la connait cette rengaine, et pourtant, beaucoup font mine de ne pas remarquer le découpage ridicule qui s’opère quand on en vient aux jouets. Qu’à cela ne tienne, jetons un œil au prochain catalogue King Jouet.

Du rose pâle, du rose foncé, du rose fuschia, du rose guimauve, du rose « tropmignon », du rose « kikou ».

Si on récapitule, il s’agit d’un bébé-poney-rose-malade. C’est pratique, ça réunit toutes les professions qu’on peut faire quand on est une femme : maman, vétérinaire, infirmière et nunuche. Oui, la liste est finie.

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Chapitre « Les garçons ». Ben non, il ne faut surtout pas mélanger, ce serait dommage que les gamins aient le choix.

Et là, au détour d’une page… Choc des cultures ! Trouble dans le genre ! Oui, il s’agit bien d’un petit garçon qui pousse le super « Chariot médical Tronic », à côté d’un écriteau « Les filles ». La marque a dû fournir un visuel un peu moins stéréotypé que d’habitude, et du coup, tout affolé, le type qui fait le catalogue s’est empressé de remettre de l’ordre dans tout ça. Enfin… Il était quand même visiblement troublé.

Alors oui, les petites filles aiment généralement bien le rose et les petits garçons apprécient de se rouler dans la boue. Logique, avec toute l’énergie dépensée pour leur faire comprendre que c’est ce qu’ils doivent aimer. Ce sont ces représentations omniprésentes qui créent l’obligation de s’identifier de manière aussi catégorique aux clichés. Les fabricants de jouets eux-mêmes ne nient pas que les stéréotypes influencent les enfants… Hervé Parizot, PDG de Mattel France, a affirmé dans une interview du journal Le Monde, qu’il ne faisait que répondre à la demande.

« Nous fabriquons ce que les enfants aiment, peut-être sous la pression de la société. Ce serait tellement plus simple et plus rémunérateur pour nous si les produits étaient mixtes ! On produirait moins de références, et les jouets seraient plus simples à soutenir en termes commerciaux. », explique-t-il. « Nous rêvons depuis vingt ans de sortir une Barbie qui ne serait pas rose. C’est impossible ! Les Barbie pilotes ou médecins se vendent moins que la nouveauté de cette année : une Barbie vendue avec une machine à laver… »

Arrêter de diviser les jouets en deux catégories étanches ? On en est encore loin. Mais l’idée fait tranquillement son chemin. A noter (je préfère anticiper…) que le but n’est pas d’élever des enfants « unisexes »… Au contraire, il s’agit de donner aux enfants le plus vaste éventail de possibilités, dans une société qui a tendance à brider délibérément leurs desseins en fonction de leur sexe. C’est pas un scoop, le Père Noël est complètement à la ramasse.