« Nos seins, nos armes » : Les Femen (presque) à nu

Chic, on va enfin savoir ce qui se trame sous les couronnes de fleurs. Voilà ce que je me disais hier en me rendant à l’avant première de « Nos seins, nos armes », le documentaire de Caroline Fourest et Nadia El Fani sur les Femen. J’irais pas jusqu’à dire qu’il a répondu à toutes mes questions, l’impartialité n’étant pas franchement sa qualité première (il en a bien d’autres, des qualités). Mais j’ai pu comprendre d’où venaient ces nanas. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en Ukraine, tout est à faire. Une poignée de jeunes femmes comme elles – insoumises, j’entends – qui évoluent dans une société aussi misogyne que celle là n’avaient pas d’autre option que la révolte. Le film nous montre dès les premières minutes qu’il y a en Ukraine tellement de combats à mener, et qu’elles étaient tellement seules à se lever, que je ne peux que partager leur rage : il fallait qu’elles agissent violemment, c’était une urgence vitale.

Les premières minutes du film me rappellent mon enthousiasme du début, quand le mouvement Femen a envahit les médias. J’étais ravie de voir des nanas avoir le courage de leur ambition. Et puis les Femen et moi, on s’est vite moins bien entendues. D’abord leur discours, de plus en plus flou à mesure que leur visibilité grandissait. Ensuite leur manière d’appeler les femmes à se foutre à poil (remplacer le diktat du voile par celui de la nudité, c’est un peu léger-léger) et par la même occasion de s’auto-proclamer LE nouveau féminisme, reléguant tout autre mode d’action que celui du sein conquérant au rang de l’inutile. Et puis il y a eu la tribune de Inna Shevchenko dans les Inrocks en décembre, titrée avec bien peu de modestie « Où sont passées les féministes françaises. » Mais c’est sans aucun doute le visuel façon coupage de couilles de leur site internet qui a achevé de me filer le bourdon.

Malgré ces éléments facheux, je conserve une forme de tendresse pour les Femen (si si). Nombreux sont ceux et celles qui auraient jeté l’éponge depuis un bail face à la violence qui leur a été adressée (je pense surtout à une anecdote surréaliste et d’une violence gerbante racontée dans le film par Inna : une arrestation qui se transforme en séquestration version film d’horreur, en Biélorussie). Et comme le dit l’une des militantes du MLF interviewées dans le film, « pourvu qu’elles y arrivent ». Mais si elles doivent le faire au détriment d’un minimum de cohérence dans le discours, je continuerai à en avoir ras la culotte. Les Femen ont choisi d’utiliser leurs corps pour faire passer un message qu’elles ne pouvaient pas faire entendre autrement. Maintenant, leur visibilité est acquise, ça y est. Les portes leur sont ouvertes, on ne demande qu’à les entendre – et moi la première. Sauf que quand on leur donne la parole, y a plus personne. Pire : plus leur visibilité grandit, plus le manque total de consistance de leur discours saute aux yeux.

A la fin du film, on voit Inna interviewée en duplex par Al Jazeera. Question de la journaliste de la chaîne : « Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre slogan ‘Plutôt à poil qu’en burqa’ ? ». Après une réponse aussi brève que creuse, Inna finit par enlever son t-shirt. Forcément, la chaîne stoppe tout. Forcément, ils s’y attendaient. Et forcément, ils n’avaient pas prévu de diffuser les seins de la blonde en plein direct. Ce qui les aurait scotchés, au contraire, c’est de se retrouver face à une nana qui les balade avec des arguments canons. Alors pourquoi leur avoir donné exactement ce qu’ils voulaient ? Je pose la question à Inna, après la projection. Elle me répond que le film ne montre que la fin du duplex, et qu’elle a utilisé ses mots avant de tomber le haut. J’insiste un peu, lui demande pourquoi elle n’a pas profité de cette occasion pour surprendre tout le monde. « C’est mon truc, c’est ce que je fais, c’est tout », elle me répond.

« Toutes les femmes vont nous comprendre, parce qu’on défend toutes les femmes », explique Oksana Shachko dans le documentaire. Oui, je remercie les Femen de donner toute leur rage et leur passion pour défendre la cause des femmes. Mais non, franchement, je n’ai pas le sentiment que ma cause soit défendue quand je vois cette photo de castration dégueulasse qui est à l’opposé de ma conception du féminisme. Je n’ai pas non plus le sentiment qu’elle soit défendue quand on parle en mon nom sous prétexte qu’on représente « toutes les femmes » sur une base politique bancale. Oui, vraiment, j’espère que les Femen y arriveront : ça voudrait dire qu’elles ont acquis un peu de finesse et de consistance.

A voir

« Nos seins, nos armes », Caroline Fourest et Nadia El Fani : Diffusion le 5 mars sur France 2.

Bonus !

Du 2 au 8 mars, c’est la semaine « En avant toutes », sur les chaînes de France Télévision. Des docus, des fictions, des émissions, bref tous les programmes habituels (oui oui, même des jeux), mais dédiés toute la semaine aux femmes.