Oh mademoiselle, tu lis quoi ?

Ce qu’il y a de bien, en été – mis à part la pétanque, le petit jaune, et les numéros spécial sexe des magazines, c’est qu’on a enfin le temps de bouquiner. Sauf qu’en cette saison où notre cerveau ramollit sous le bob, les maisons d’éditions aiment à nous bombarder de lectures légères. Parfois, c’est brillant ; parfois, ça refroidit net le cervelet. Palmarès du meilleur et du pire des bouquins de l’été.

 

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Kama Sutra Cul(te)

Ce livre n’est ni un manuel d’utilisation, ni vraiment très cul, surtout pas vulgaire. Au lieu de ça, il est drôle, ludique et sexy. Si l’illustratrice Marie Perron et sa fille Jane Rioufol se sont pliées à l’exercice du vieux guide indien des positions sexuelles, c’est pour lui redonner un coup de jeune. Ici, pas de brouette bengali ni d’huitre écossaise, mais plutôt des situations bien vues de la vie sexuelle des couples modernes (et toujours hétéros, par contre), comme en atteste « celle de la kitchenette », « dont le volume total ne dépasse pas 1m3, soit l’équivalent d’un très petit frigo ou d’une grosse pile de BD ». Ou encore « celle de la gueule de bois », où les deux amoureux cuvent leur vin de la veille collé-serré. « Ils ont passé quelques coups de fil pour se renseigner mais personne ne se rappelait du truc marrant. Trop abrutis, ils se sont recouchés, et bim tout est revenu d’un coup. » A déguster tranquille, au bord de la piscine (rendez-vous page 47, du coup).

Marie Perron et Jane Rioufol, Le Kama Sutra Cul(te), Hachette Pratique, 12,90€  
 

 

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Paye ta Shnek

« Salut ! T’es jolie, j’peux te prendre en levrette ? », « T’aurais pas deux euros pour que j’te paye un café ? », « Tu suces pour un Kinder ? ». Forte du succès de son blog participatif (payetashnek.tumblr.com), Anaïs Bourdet en a auto-édité une version papier de 124 pages au graphisme léché, grâce à une levée de fond réussie sur Kiss Kiss Bank Bank. Sa sortie tombe pile poil au moment où la Belgique a décidé de légiférer sur le harcèlement de rue, et achève de démontrer que celle ci souffre décidément d’un trop plein de testostérone. Sur papier, le principe reste le même : les citations lourdingues relevées par les internautes, accompagnées pour seule légende du lieu de la « tentative de séduction », s’enchaînent et donnent le tourni. Parfois, c’est maladroit – « Eh mademoiselle, j’suis sûr vos yeux ils brillent dans la nuit comme les chats. » Parfois, c’est agressif – « J’adore tes dents. J’en ferais bien un collier pour ma bite. » Et parfois, ça mérite un kick dans le nez – « Qui veut d’la bite ? Toi là, tu veux d’la bite ? » Au début, on se marre. Puis très vite, on pète un plomb. Une sorte d’expérience à la Sofie Peeters en accéléré, les mains baladeuses en moins. A faire lire à nos mecs/potes/frères, qui comprendront sans doute mieux pourquoi on est au bout du rouleau quand on ose faire le tour du pâté de maison toutes seules (coquines, va).

Anaïs Bourdet et 3228 personnes, Paye ta shnek, 14€, disponible sur payetashnek.bigcartel.com

 

 

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Comment réussir en amour

« 152 trucs indispensables à connaître pour devenir un amoureux ou une amoureuse de légende », nous promet ce bouquin, tout rose avec les angles arrondis, oui, c’est ça : comme les livres pour enfants. Au lieu de ça, un condensé de stéréotypes sexistes intercalés des conseils carrément stupides, le tout accompagné d’illustrations ringardes qui piquent les yeux. D’abord, des conseils risibles pour faire « entrer l’amour dans sa vie ».  Du genre prendre un « bain d’amour » (n°3) : C’est pas compliqué, il faut faire une liste de toutes les qualités du prince charmant, allumer une bougie rose (c’est pas une blague), et se faire couler un bain en tout en visualisant l’éphèbe (là, il y a une bulle à côté du sourire niais de la dame, et dedans il y a une sorte de cow-boy torse-nu), ensuite, on éteint la bougie et on cache la liste en attendant que le type rapplique. Dans ce formidable ouvrage, on apprend aussi à mettre du rouge à lèvres avec ses seins (n°34), montrer son cul en faisant des photocopies (n°40), fabriquer une rose avec une serviette en papier (n°43), mais aussi à se coller du bacon et un oeuf au plat sur les boobs pour être « le meilleur des petits déjeuners » (n°67), ou encore être un gros ringard, pardon – « l’émouvoir en prison ». Ok, celle-ci est trop ridicule pour que je la garde pour moi : « Appelez-la au secours depuis la prison. Dites-lui que vous êtes prisonnier. …de l’amour ! Passez-lui la bague au doigt. » Très « Paye ta shnek », finalement. A lire d’urgence si vous avez toujours voulu devenir un gros plouc.

Melissa Heckscher, Comment réussir en amour, Hugo Image, 9,99€
 
 
 

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Le livre de chevet du mari idéal

Les femmes sont des êtres tellement insaisissables que les bouquins qui les décryptent fleurissent comme des tulipes en Hollande, surtout en été – cerveau ramolli, je vous dis. Celui-ci est particulièrement stupide. Sous prétexte d’humour et d’une « honnêteté toute masculine », ses deux auteurs nous régalent par exemple avec un tableau comparatif  des mérites de la femme et de ceux du singe. Ben oui, parce que par exemple, Madame elle prépare « le manger » et « récure la baignoire » tandis que le singe, non. C’est tellement audacieux de prendre enfin à bras le corps cette question de fond : est-il plus intéressant d’être en couple avec une femme ou d’acquérir un animal domestique ? Pierre Antilogus et Jean-Louis Festjens, ces gros déconneurs, nous rappellent sur 263 interminables pages que les hommes sont des beaufs lourdingues et les femmes, des pouffiasses décérébrées. La preuve page 99 : « Si les femmes n’aiment pas les films de requins, ni le foot ni les bagnoles, alors qu’est ce qu’elles aiment, merde ? » Navrant.

Pierre Antilogus et Jean-Louis Festjens, Le livre de chevet du mari idéal, Michel Lafont, 14,95€