Le courrier du cul #1

Ca fait quelques temps que je reçois des messages qui donnent à ma boîte mail des faux airs de courrier du coeur. Sauf qu’au lieu d’être parfumées à l’eau de rose, ces missives-là causent sexe, désir et plaisir. Ravie, je suis ! Une nouvelle rubrique prend donc place sur Poulet Rotique : Le courrier du cul. Pour la première, toute toute première fois, c’est Sarah qui me pose une colle. Et pour la suite, écrivez-moi.  

« Il semblerait que mon mec soit un tantinet schizo. Le jour, il est doux comme un agneau, et à la nuit tombée, il aime me donner des noms d’oiseaux, des fessées, et me malmener (un peu). Là où ça me chiffonne, c’est que d’un côté, je trouve ça plutôt excitant, et de l’autre, j’ai l’impression que ça va à l’encontre de mes convictions de féministe. C’est moi qui suis schizo ? »
Sarah, 22 ans 

 

Chère Sarah (hé ouais, on fait ça bien),

Le sexe est un jeu, et votre hidalgo a l’air de l’avoir bien saisi vu ses transformations nocturnes (ça devait faire tout drôle le premier soir, quand même, hein). De la même manière qu’il aime bien vous mettre des petites claques sur les fesses à la nuit tombée, vous avez encore le droit d’apprécier qu’on vous bouscule un peu sous les draps. Ca n’a strictement rien d’incompatible avec le fait que vous luttiez contre la domination masculine le jour, et ça ne vous empêche pas de ranger votre cape et votre épée sous le plumard.

Contrairement à ce que nous dit le lourdingue site Jooks (celui qui veut désespérément devenir ton meilleur pote), apprécier d’être traitée comme une stripteaseuse qui réclame des biffetons n’a – bien sûr – aucune espèce de lien avec vos convictions politiques (cf : « si la meuf le prend mal, c’est probablement que c’est une relou, voir [sic] pire, une féministe« ). Peut-être que c’est le côté cliché-porno-mainstream qui vous bloque : les petits cris exagérés, les fesses bien trop rouges pour être vraies, la face d’abruti du type qui administre les fessées. Arrêtez deux minutes de penser à ce que ça vous évoque de ringard, et vous pourriez bien y prendre goût.

De son côté, votre ours bipolaire doit connaître les règles du jeu : la main vengeresse n’est que meilleure quand elle intervient au bon moment (il est prié d’attendre que le mercure décolle un peu) et sévit avec parcimonie (c’est comme tout, ça peut devenir lourd). Ah, et d’ailleurs, rien ne vous empêche de lui rendre la pareille, ça lui apprendra.

Au plaisir,
Poulet Rotique

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Edit : avril 2015
J’ai repris des nouvelles de Sarah dans mon article sur le dilemme de la « féminette » (tiraillée entre son héritage féministe et son désir d’être un objet de désir), dans ELLE : à lire ici.