Le courrier du cul #2

« J’ai une sexualité hyper épanouie et très riche, c’est une partie importante de ma vie. Le problème c’est que quand j’ai envie de plus que du sexe, je me fais systématiquement rembarrer. Ils me disent qu’ils n’ont pas envie d’une relation amoureuse, mais se retrouvent (bizarrement) en couple avec une autre deux minutes plus tard. Je finis par me dire que je n’ai aucun intérêt en dehors d’un lit. Pourquoi ils n’arrivent pas à me voir autrement que comme une fille avec qui on couche ? »
Sofia*, 31 ans

Chère Sofia,

Il semblerait que vous soyez en proie à un poncif vieux de mille ans, le fameux principe qui veut que les femmes soient divisées en deux catégories : d’un côté, celles que les hommes veulent mettre dans leur lit, de l’autre celles qu’ils veulent épouser. Ca donne le dilemme de la maman et de la putain, et en pratique c’est la cause d’un slut shaming persistant, qui oblige les femmes à mettre leur libido en sourdine si elles veulent rester respectables – soit vierges – aux yeux de la société.

Bien sûr, rares sont les hommes qui brandissent ce principe tel un étendard. C’est bien plus insidieux qu’une liste à deux colonnes qu’on remplirait au fil des rencontres, et c’est même ancré dans la plupart des têtes, pas seulement masculines. Voyez plutôt le couplet paternaliste que se prend Miley Cyrus en pleine tronche depuis qu’elle montre ses petites miches sur les plateaux télé. Ou cette échelle de respectabilité calquée sur la longueur des jupes (par la jeune photographe Rosea Lake). Ou encore cette étude qui nous confirme que les femmes minimisent leur tableau de chasse pour ne pas être mal vues.

Vous n’avez donc, a priori, rien à vous reprocher. Sauf bien sûr si vous avez omis de nous confier que vous signifiez à vos partenaires votre envie de romance en les demandant en mariage le premier soir (idée moyennement bonne, ça va sans dire). La première solution qui vient à l’esprit serait de cryogéniser votre personne et de programmer votre retour à température ambiante au moment où les hommes auront fini de déconstruire le couplet de la maman et de la putain. En étant optimistes, on peut se dire que ce moment arrivera autour des années 3080 (c’est tenace, un mythe). Et d’ici là, il y a fort à parier que l’humanité aura inventé des milliers de nouvelles manières de faire l’amour, c’est donc un coup double.

Si cette solution est trop onéreuse, je vous suggère beaucoup plus simple : leur en parler. Oui, parce qu’à priori, la plupart de ceux qui veulent vivre en couple cherchent en l’autre à la fois leur meilleur ami et leur meilleur coup. Ca ne mange pas de pain de demander à ces messieurs pourquoi ils ne veulent pas vous voir habillée plutôt qu’à poil, et voir ce que ça donne. Une autre solution serait de fréquenter des hommes un peu moins obtus. Après tout, ce n’est pas à vous de les aider à régler leur oedipe. Et si vous arrivez à vous marrer avec le mâle avant, après ou encore mieux – pendant l’amour, c’est déjà le signe que les segments maman/putain de son cerveau ne sont pas si étanches.

Au plaisir,
Poulet Rotique

* Le prénom a été changé.

catalog-cover-large.pngVoir aussi

Dans une enquête pour Marie Claire, j’ai interviewé Terri Fischer, la chercheuse auteure de l’étude que j’évoque plus haut sur le conformisme social et l’expérience sexuelle. A lire ici !