Don Jon : au coeur de la génération Youporn

Don Jon est l’histoire d’une rencontre foireuse entre deux purs produits du patriarcat. D’un côté, Joseph Gordon-Levitt (le minet dans 500 jours ensemble, Arthur dans Inception), beau bosse beauf option chemise ouverte chaîne en or qui brille. Il partage son quotidien entre ses potes en compet’ permanente pour savoir qui a la plus grosse, sa bagnole, sa salle de muscu, les filles en robe moulax qu’il ramène chez lui chaque soir, et sa passion ultime : le porno. De l’autre, Scarlett Johansson en pépette french-manucurée, qui joue les filles inabordables en rêvant au prince charmant, moulée dans du pilou-pilou framboise.  

Pour son premier film en temps de réalisateur, Joseph Gordon-Levitt s’attaque à une question qui méritait d’être posée : Quelle place a le sexe dans l’esprit d’une génération biberonnée au porno et aux images de corps siliconés des pubs pour le yaourt ? A coup d’esthétique de clip de R’N’B, on découvre deux personnages vautrés dans les stéréotypes qu’on a créés pour eux, qui se débattent avec leur vision étriquée de la vie sans comprendre ce qui cloche.

Leur conception du masculin et du féminin est calquée sur le X maintream et le cinéma romantique, qui nous imposent des codes finalement pas si lointains. Leur sexualité est tout aussi normée. Oral, position #1, position #2, la messe est dite par monsieur, le petit câlin administré par madame, le tout exécuté avec autant de conviction qu’une scène du Miel et les abeilles. C’est l’histoire de deux produits du patriarcat tellement embourbés dans les normes de leur genre qu’ils vivent dans deux mondes incompatibles.

Elle est passionnée de comédies romantiques et a fait des films de Meg Ryan son plan de vie : Boy meets girl et devient aussi docile qu’une poupée Ken. Lui est accro au porno, qu’il consomme de manière compulsive et préfère au sexe de la vraie vie. Touchant et pathétique dans sa course à la performance dénuée de sens, son personnage est symptomatique d’une génération bercée par MTV et ses idoles décérébrées de télé réalité. C’est drôle, juste et salvateur. Seul regret : la morale bien trop guimauve, qui coupe court à la satire.

Don Jon

Ecrit et réalisé par Joseph Gordon-Levitt.
Sortie le 25 Décembre.