A coup sûr, ce film qui bande mou

Quand on me parle d’un film qui explore les mécanismes du culte de la performance chez les femmes, ça éveille ma curiosité. Quand on me dit que le premier rôle est campé par Laurence Arné, qui m’a fait mourir de rire en DRH obsédée du cul dans Workingirls (sur Canal +), ça me titille. En fait, non seulement A coup sûr n’est ni drôle ni subtil, mais il s’attaque à des portes ouvertes que je me serais bien passée de voir enfoncées les unes après les autres pendant 1h30 de tension dramatique à deux sous et de gags loupés. N’empêche, c’est con, le sujet aurait pu être vraiment intéressant.

Emma est une journaliste de type première de la classe (CV de dix mètres de long, workaholic et un peu chiante) qui se met en tête qu’elle est un mauvais coup après avoir été éconduite par un amant qui lui fait comprendre qu’elle baise comme une limace sous anesthésie générale.  Elle met en place un plan d’action en trois parties (théorie, travaux pratiques, validation des acquis) supposé faire d’elle le meilleur coup de Paris grande couronne. On la voit à la Fnac chercher des modes d’emploi du sexe – et passer trois fois devant La fabuleuse histoire du clitoris sans l’ajouter au panier, lui préférant Le sexe pour les nuls et autres N°1 au pieu, puis en jogging dans son salon à tester des positions du Kamasutra en poussant des petits cris, histoire de s’entraîner à faire semblant d’aimer ça. Le reste du film (après avoir posé le malentendu bidon supposé faire tout le comique de l’histoire) nous explique avec lourdeur que non, voyons, c’est pas comme ça que ça marche, l’ingrédient secret c’est (roulement de tambour insoutenable) le plaisir… Mais oui bien sûr, comment avons-nous pu être aussi bêtes ?

Pourtant, le culte de la performance qui s’est immiscé dans la tête des femmes est une problématique qui méritait (mérite toujours, d’ailleurs, vu cet essai foireux) d’être traitée. L’injonction à être impérativement sexuelle est une réalité pour cette génération élevée à l’imagerie porno (à lire dans le prochain numéro de Be, une enquête sur le sujet, et je ne dis pas ça parce que c’est moi qui l’ai écrite, non non). Le réflexe d’Emma d’évaluer sa vie sexuelle en fonction des appréciations de ses partenaires est partagé par bon nombre de filles, consciemment ou non. Mais ce n’est vraiment pas A coup sûr qui fera avancer le schmilblick.

A COUP SÛR

Un film de Delphine de Vigan, avec Laurence Arné et Eric Elmosnino. En salles aujourd’hui.