« Les hommes sont cons & les femmes casse-couilles »

Vous vous souvenez du best-seller Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus ? Quand j’ai commencé à m’intéresser à la place des femmes dans la société et que j’ai décrété, avec beaucoup d’aplomb mais bien peu de documentation, que j’étais féministe – j’avais 14 ans -, on m’a offert cet immonde bouquin qui avait fait les choux gras des libraires en 92. Son auteur, John Gray, m’y expliquait de son point de vue essentialiste (mot qui ne faisait pas encore partie de mon vocabulaire) que les femmes étaient douces et douées d’empathie tandis que les hommes étaient rustres et cartésiens. C’était comme ça, les deux espèces venaient de deux planètes différentes et ne pouvaient pas se comprendre sans les lumières de ce diplômé de psychologie d’une obscure université américaine distribuant ses PhD par correspondance. Le bouquin suivant que j’ai lu, c’était Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et je vous laisse imaginer lequel des deux a changé ma vie.

Depuis l’aube de l’humanité

Ce mois-ci, John Gray revient poncer le filon de son best-seller avec d’autres théories sur la nature profonde des hommes et des femmes : Mars et Vénus font la paix. Dans cet ouvrage, on retrouve les arguments hautement scientifiques qui ont fait le succès du premier opus : « Depuis la nuit des temps », mais aussi « Depuis l’aube de l’humanité » et autres « C’est ainsi depuis toujours ». A l’aide de ces puissants outils, John Gray s’emploie à nous expliquer que ce serait quand même bien con de lutter contre ces différences fondamentales qui font toute notre complémentarité. Je vous passe le message du bouquin, qui n’est ni franchement intéressant, ni franchement nouveau. Les arguments de l’auteur, par contre…

Portefeuille VS sac à main

Tiens, prenons un exemple. Page 95, John Gray nous éclaire vachement sur le pourquoi du comment les hommes et les femmes sont différents : « Les hommes et les femmes n’affrontent pas le quotidien de la même manière. C’est même un constat qui s’impose de manière flagrante quand on observe ce que contient le portefeuille d’un homme et le sac à main d’une femme ! » Ah oui, tiens, on y avait pas pensé. Poursuivons, vite ! « Elles ont des sacs plutôt grands, plutôt lourds, joliment ornés ou de couleurs chatoyantes alors qu’ils se promènent avec des portefeuilles petits, légers, marrons ou noirs, qui sont conçus pour transporter ce qui leur est essentiel : un permis de conduire, une carte d’identité, une carte bleue et de l’argent liquide. On ne peut jamais trop savoir à l’avance ce qu’on va trouver dans le sac d’une femme… (…) Il y aura un portefeuille, un porte-monnaie, un kit de maquillage, un miroir, un agenda, un chéquier, une mini-calculatrice, une brosse, un peigne… [Je vous passe la liste complète parce que bien qu’elle soit passionnante elle tient quand même sur près d’une page] …des tickets de réduction, des pastilles à la menthe, quelques déchets à mettre à la poubelle. » Dingue. Ca continue comme ça sur 325 pages que je vous conseille d’aller vous procurer au plus vite si vous cherchez des arguments béton pour renouer avec votre nature profonde.

Les hommes sont cons

Vous en voulez encore ? Ca tombe bien, ce printemps on est gâtés puisqu’un autre ouvrage fascinant nous offre ses conseils de comptoir. Ca s’appelle Pourquoi les hommes sont cons et les femmes casse-couilles et son auteur, Alberto de Martini, est un diplômé de lettres modernes italien qui bosse dans la pub. Dans son livre – 20 000 exemplaires vendus en Italie – il part d’un constat hautement instructif : « Si vous demandez à dix femmes de définir les hommes en un seul mot, la majorité répondra ‘cons’. Et si vous réitérez l’expérience envers les hommes pour définir les femmes, ils vous diront ‘casse‐ couilles’. » Allons bon, c’est parti pour les théories à la con alors !

Les femmes sont casse-couilles

L’auteur se fend dès les premières pages d’un avertissement un peu fumeux lui permettant d’éviter « d’ennuyeuses digressions politico-correctes sur les interprétations libres et incontestables concernant les côtés féminin et masculin des homosexuels, transsexuels, hermaphrodites, misogynes et transgenres à qui va tout mon respect ». Comme c’est pratique – et étrange de mettre les « misogynes » dans le même panier que les LGBT. Mais en fait, ce bouquin, c’est juste celui de John Gray en moins péteux.  Le truc marrant, par contre, dans celui-ci, c’est qu’il y a des cas pratiques : des discussions inventées entre un con et une casse-couille qui ne se comprennent pas. L’ensemble est assez ridicule et rien que pour ça, ça vaut le détour. Je vous laisse, faut que j’aille ranger mon sac à main – j’ai quelques déchets à mettre à la poubelle.

Mars et Vénus font la paix

De John Gray, traduit de l’anglais par Catherine Marx.
Aux éditions de l’Eveil, 15,95€.

Pourquoi les hommes sont cons et les femmes casse-couilles

De Alberto Martini.
Aux éditions Judena, 16,50€.