Le courrier du cul #4

« Je l’écris parce que c’est anonyme mais je n’ose le dire à personne : je n’ai jamais eu d’orgasme. Je n’y arrive pas, un point c’est tout. J’ai cru pendant longtemps que j’en avais (à grand renfort de justifications sonores) mais en réalité, je me voilais la face. Mais bon sang, comment on fait ? Est-ce qu’il est possible que ça ne m’arrive jamais ? »
Malika*, 28 ans.

Chère Malika,

Non. Ce n’est pas possible. Enfin si, techniquement ça l’est, mais les chercheurs depuis Masters et Johnson jusqu’à aujourd’hui s’accordent à dire que toutes les femmes peuvent avoir un orgasme, si les conditions sont réunies. C’est donc sur les conditions qu’il va falloir bosser dans votre quête du sacro-saint orgasme. C’est là que je vais vous donner deux conseils totalement contradictoires et pourtant ô combien complémentaires. Le premier, c’est de faire des travaux pratiques. Aussi souvent que vous le pouvez et que vous en avez envie. Parce que ce que la sexologie nous apprend aussi, c’est que jouir, ça s’apprend. Ca ne se pointe pas forcément tout seul comme ça un beau matin à l’improviste, ça se bosse. 47% des femmes ont expérimenté leur premier orgasme en se masturbant, et ce n’est pas étonnant : d’abord parce que c’est le meilleur moyen d’apprendre à connaître son corps – condition sine qua non du plaisir ; ensuite parce que quand on est seule face à ses dix doigts on se concentre sur aucun autre plaisir que le sien.

Le deuxième, c’est qu’il ne faut pas y penser. Alors oui, là, vous vous dites que ça ne tient pas la route cette histoire, d’ailleurs c’est qui ce Poulet Rotique qui donne des conseils à la mords-moi-le-noeud, est-ce qu’on peut parler de ce nom sans queue ni tête, de toutes façons vous n’auriez jamais du cliquer sur ce foutu formulaire de contact. Ce que je veux dire par « ne pas y penser », c’est arrêter net d’en faire une obsession. Bosser le truc, c’est une chose, mais se concentrer sur le podium pendant ce marathon là est le meilleur moyen de ne jamais atteindre la ligne d’arrivée. Le moment qui précède l’orgasme s’appelle le plateau, c’est à ce stade que beaucoup de femmes sont frustrées parce qu’elles n’arrivent pas à arriver au bout. Et bien c’est précisément à ce moment qu’il ne faut penser à rien, profiter de l’instant plutôt que de visualiser cette satanée ligne d’arrivée. L’équivalent quand vous êtes avec quelqu’un, c’est de n’en avoir rien à secouer de ce à quoi votre corps peut bien ressembler, de l’angle sous le quel il/elle est en train de voir vos cuisses, et globalement de vous extirper de toute inquiétude métaphysique qui n’a d’effet que de vous empêcher de vous détendre. On s’en fout, vous êtes très bien.

Enfin, Malika, il faut quand même que je rebondisse sur un détail de votre courrier. Vous avez l’air de vivre plutôt mal votre quête inachevée du spasme extatique. Laissez-moi vous dire une bonne chose : les femmes se mettent une telle pression à son sujet (à base de « Je ne suis pas normale ») que je suis persuadée que baratiner sur l’orgasme est un sport de compet’. Faudrait voir à relativiser. L’orgasme n’est pas la condition d’une relation sexuelle réussie, voyons le plus comme la sauce piquante sur la quatre-fromages. Avec, c’est carrément meilleur, mais c’est pas une raison pour se mettre la pression. Enfin, ça dépend où.

Au plaisir,
Poulet Rotique

* Le prénom a été changé.