Le courrier du cul #5

« Mon mec depuis trois ans m’avoue qu’il me trompe depuis des mois. Sauf qu’il ajoute qu’il ne se retrouve pas dans cette monogamie implicite qui s’est installée entre nous et aimerait qu’on aille ensemble vers une relation polyamoureuse. Philosophiquement, le polyamour est un concept que je trouve plutôt intéressant et n’ai jamais pensé que la longévité et le bonheur se trouvaient forcément dans la monogamie. Mais de là à y être confrontée de façon violente et à devoir l’accepter dans son propre couple, il y a un fossé. Et mon problème, c’est surtout « l’autre », celle avec qui il a déjà commencé derrière mon dos à créer une relation intime, avec qui il créé des souvenirs qui m’excluent. Ca me rend malade. »
Camille, 27 ans.

Chère Camille,

Les alternatives au couple monogame peuvent être réjouissantes, mais dans certains cas, elles relèvent plus de l’alibi idéal pour batifoler que de la décision, prise à deux, de penser sa relation autrement. C’est ce qui la fout mal dans votre courrier : votre mec n’a pas proposé de redéfinir avec vous la nature de votre relation, il a modifié les termes du « contrat » dans votre dos, ce qui vous laisse, maintenant qu’il a fait son grand aveu (bravo !), face au fait accompli et au polyamour consommé.

Se délester de l’obligation du couple nucléaire (soit monogame, fidèle, qui baise à intervalle régulier et qui se projette sur un long terme à base de vieillesse main dans la main) est quelque chose de courageux parce qu’à contre-courant, qui demande un terrain propice et quelques ajustements. Il faut déjà avoir pas mal déconstruit l’idée traditionnelle du couple, au menu de laquelle on trouve le sympathique cocktail possession du corps l’autre + dépendance affective + jalousie. En couple ouvert ou non, ça ne peut pas faire de mal de bosser là dessus. Mais dans l’optique de passer de couple exclusif à amours multiples, le coup de main repose sur la substitution de la jalousie par une sorte de sérénité de savoir l’autre heureux aussi bien avec quelqu’un d’autre qu’avec soi. Hé ouais, c’est costaud.

Ce n’est pas quelque chose qu’on impose à l’autre après avoir rencontré une gonzesse qui nous plait et qu’on se rend compte qu’on ne veut pas choisir. Comment voulez-vous vous épanouir dans un polyamour qui n’a de poly que la conception qu’il en a, lui ? Aucune ligne de votre courrier ne mentionne votre envie de vivre des histoires parallèles. Au lieu de ça, vous subissez la sienne avec celle qu’il se le tapait en douce il y a encore deux semaines de ça. Le mec veut à la fois le beurre (vous) et l’argent du beurre (l’autre). Il n’y aurait en principe rien de mal à ça, si vous en aviez envie aussi. Mais ce n’est visiblement pas du tout ce qui vous turlupine. En amour comme au lit, le consentement c’est avant, qu’on le questionne, pas après coup.

Plutôt que de vous torturer avec les sentiments qu’il est en train de développer pour cette autre, il serait peut-être urgent d’interroger vos désirs, à vous. Est-ce que vous avez envie d’en aimer d’autres ? Est-ce pour lui faire plaisir, par peur qu’il vous échappe, pour ne pas perdre la partie ? Ne vous racontez pas de salades. Si c’est oui à la première question et non à la deuxième, ça se tentera, une fois que vous aurez accepté (joyeusement hein, pas la mort dans l’âme) l’idée qu’il n’est plus le seul pour vous, et réciproquement. Peut-être faudra-t-il sortir de l’équation cette nana qui y est entrée pendant que votre couple était supposé être exclusif. Si c’est non à la première ou oui à la seconde, tirez-vous, malheureuse ! Vous risqueriez de vous retrouver, en moins de temps qu’il n’en faut pour s’entendre dire « Ah, tu dors chez elle ? », dans une configuration déséquilibrée que vous aurez acceptée pour les mauvaises raisons.

Au plaisir,
Poulet Rotique