Ce que veulent vraiment dire les gros lourds de la rue

Un individu lourdingue vous signale, au détour d’une rue, que votre cul « c’est d’la bombe bébé », ou que son « jean vient de devenir slim ». Mais vraiment, que peut-il bien vouloir dire ? Ca ne peut pas être ça, c’est bien trop con. Essaye-t-ilde dire que son manque de confiance en lui l’empêche de s’adresser à vous comme à une personne douée d’intelligence ? Que son besoin d’asseoir sa virilité l’oblige à vous objectifier ? Que personne ne l’a jamais remis à sa place et que, du coup, il ne voit pas de raison d’arrêter d’emmerder les femmes dans la rue ?

De la même manière qu’un étranger qui demande qu’on le gratifie d’un sourire n’émet pas vraiment son souhait de voir les femmes qui croisent sa route afficher leur bonheur, ces petites phrases qui constituent le harcèlement de rue ne sont qu’un effet de langage du sexisme ambiant. Buzzfeed en a fait des traductions dans une vidéo parodique très réussie : « What men are really saying when catcalling women« , qui rappelle aux femmes que tout ça n’a aucun rapport avec la longueur de leur jupe ou la petitesse de leur potentiel badass : le type en face est en proie à une pesante injonction de virilité qu’il ne sait pas gérer autrement qu’en déblatérant toutes sortes de conneries.

Dans les commentaires de la vidéo, on voit par contre que certains passent allègrement à côté du message : « Les mecs font ça pour booster l’estime de soi des nanas. C’est un service public », note l’un d’entre eux. Oui, voilà. Comme quoi peu importe avec quelle dose d’humour et de pertinence on essaye de traiter la question, certains gros lourds continueront de penser que les femmes plébiscitent les commentaires intempestifs sur leur apparence physique ou qu’on ne parle pas des mecs comme eux. Et le ton utilisé par les « harceleurs » de cette vidéo produit le même résultat : comme pour chaque initiative à propos du harcèlement de rue ces derniers temps, les harceleurs sont classés ici dans une catégorie bien grassement stéréotypée (voir la dernière en date). Vous allez me dire, hey !, y a des blancs dans celle là ! Vrai. Mais vous avez remarqué cet accent bizarre qu’ils utilisent ? On peut appeler ça un « blaccent » : un blanc qui utilise une intonation stéréotypique de renoi-du-ghetto. Et voilà comment ruiner une excellente idée.