Violent Femme

Ca y est, il y a une « affaire Nabilla ». Enfin, c’était peut-être pas celle à laquelle on s’attendait.  Point question de chirurgie esthétique ici mais une tentative d’homicide volontaire : Nabilla est accusée d’avoir poignardé son compagnon- au mois d’août il était « tombé sur un couteau à pizza », ce mois-ci c’est dans le  torse qu’il se serait lui-même porté un coup à l’arme blanche, selon la deuxième version des faits de l’accusée. La détentrice des double D les plus scrutés de l’hexagone est écrouée à la maison d’arrêt de Versailles, risque 30 ans de prison, et les hashtags vont bon train.

Sur les réseaux sociaux et dans les commentaires des innombrables articles consacrés à l’affaire, ça se prend de compassion pour la pauvre « victime de la téléréalité« , ça se marre, ça instagramme les tee-shirts « Nabilla m’a planter » qui fleurissent déjà à Châtelet, ça commente les blagues de Danny Boon, ça slut-shame à tout va, ça se plaint que la décision de mettre Nabi-Nabilla sous les verrous est « injuste », « honteuse », « déplacée », ça argue qu’elle a forcément été poussée à bout, que ça arrive, que c’est forcément ça vu que c’est une femme, bref : jamais on ne parle de ce bazar comme d’une affaire de violences conjugales.

Et quand on utilise le terme, ce n’est que pour évoquer l’idée qu’elle ai pu elle-même en être victime, alors que ce qu’elle est accusée d’avoir commis relève précisément de ce délit. Peu importe les #FreeNabilla et autres #NabillaInnocente, la question n’est pas de savoir si elle a poignardé ce type ou non, si elle est la victime ou le bourreau. La question, c’est : pourquoi est-ce si difficile d’admettre la possibilité qu’une femme puisse être auteure de violences ?

A lire

Dans le dernier numéro de Causette, « Fausse tendance, vrai tabou », le premier article d’une série signée Audrey Lebel sur les femmes auteures de violences.