Vous reprendrez bien un peu de sexisme ? C’est pour la bonne cause

C’est le mois de l’opération Movember, dont le but est de sensibiliser le public aux cancers masculins. Forcément, donc, on parle beaucoup de couilles en ce mois de novembre, et qui dit couilles dit… Infirmière coquine.Non, le parallèle n’est pas évident, et pourtant : cancer des testicules = dépistage ; dépistage = palpation des testicules ; palpation des testicules = sexy ; sexy = femme-objet. Ah oui, maintenant qu’on le dit, ça tombe sous le sens.

C’est en suivant cette savante équation que Simple Pickup (une bande de petits rigolos californiens qui se démarque des autres pickup artists de Youtube parce que leur truc, à eux, c’est la déconne) a sorti une vidéo du meilleur goût : une jeune femme déguisée en infirmière coquine propose un « examen » gratuit des testicules aux types qui passent dans la rue. On la voit donc palper des couilles avec un petit air coquin, et pour chaque bourse tripotée, 100$ sont remis à la fondation Movember (cliquez ici pour voir la vidéo).

Au mois de mai, déjà, ils faisaient de la « sensibilisation d’une manière fun » en demandant à des femmes de s’asseoir sur un siège muni d’un sextoy qu’ils activaient à distance, et reversaient 5$ par seconde passée sur l’engin à une association luttant contre les mutilations génitales féminines. Ironie du sort, l’association a refusé leur don.

Mais ces petits marrants ne sont pas les seuls à associer prévention et sexisme. Il semble même que ce soit devenu monnaie courante (ahem). Dans la même lignée que le Pinkwashing (la récupération commerciale du ruban roseou du rose tout court, cf : l’excellent article de Sophie Gourions pour Slate), le sexisme pour la bonne cause semble gagner un terrain qu’on ne pensait même pas disponible. 

Ainsi, au mois d’août, la Fondation japonaise de prévention du Sida a organisé un marathon du tripotage de seins. Neuf actrices porno locales ont répondu à l’appel et devaient, pendant 24h, offrir leur poitrine aux « généreux » donateurs – 1000 yens (environ 7 euros) suffisant à voir les tee-shirts se soulever. Faudrait quand même qu’ils m’expliquent le lien entre VIH et pelotage de seins, parce qu’à ce compte là on peut aussi manger ses peaux mortes pour sauver les pingouins en Antarctique (ça n’a absolument aucun sens).

Dans le même genre, en octobre, un restaurant australien décidait d’apporter sa pierre à l’édifice de l’aide aux victimes du cancer du sein. L’idée, c’était de reverser un dollar australien à une association pour chaque steak vendu. Ok. Sauf que la pub montre un homme entouré de deux femmes aux décolletés bien achalandés, avec l’élégant slogan « We’ve got the best racks » (en Français, « Nous avons les meilleurs morceaux » ). Quoi que plus efficace en effet que de comparer les femmes à des bouts de viande ?

Et tant qu’à taper dans l’absurde, voilà une vidéo qui fera une parfaite cerise sur le gâteau. On y voit une jeune femme en bikini, tenue de part et d’autre par deux hommes, qui subit une décharge électrique « pour la bonne cause » . On sait juste qu’elle s’est pris un coup de taser dans le dos et quelques claques sur les fesses et que des hommes ont payé pour voir ça. La « cause » en question, par contre, personne ne sait ce que c’est.

Le problème est bien là. En cédant aux sirènes les plus viles de la communication (soit vendre quelque chose en montrant un corps de femme/du sexe), on perd simplement le message de départ. Si c’est pas de la communication toute ratée, ça ? Les arguments de ceux qui imaginent ces campagnes, on les connait : « Quand la cause est bonne, peu importe les moyens » + « C’est le seul moyen d’intéresser le public » + « C’est de l’humour« . C’est sûr que c’est beaucoup plus confortable que d’admettre qu’on a pas eu suffisamment de créativité pour proposer quelque chose de pertinent.

Voir aussi

« Bonne fête monsieur, bonne fête madame » : comment la journée des droits des femmes est un excellent prétexte pour vendre n’importe quoi, en faisant du sexisme en bonus.