Porno : fais pas ci, pas pas ça…

La Grande-Bretagne vient de proscrire la diffusion de films pornographiques contenant certaines pratiques jugées chelou. C’est tout à fait sérieux : la législation veut maintenant que soient exclus des films distribués en VOD toutes les pratiques associées au BDSM, avec quelques bonus : la fessée, l’utilisation du fouet ou de la cravache, les insultes, l’humiliation, la pénétration d’un objet si elle est associée à la violence, l’urophilie, la strangulation, le bondage et le shibari, le « facesitting » (qui pourrait, nous dit-on, provoquer la mort), le fist-fucking et enfin l’éjaculation féminine (qui pourrait provoquer… Ah bah non, on ne sait pas). Il nous reste donc les sempiternelles pratiques du porno mainstream.

Cher gouvernement britannique,
On ne comprend pas très bien sur quels critères tu as élaboré ta black list. Pourquoi interdire la fessée tout en autorisant la bifle, à ce compte là ? Pourquoi interdire le shibari tout en autorisant les décors moches (une véritable violence visuelle, on en parle trop peu) ? Pourquoi interdire l’usage de la cravache et autoriser les mauvais scénar’ à base de plombiers et de tyauterie ? Et pourquoi interdire l’éjaculation féminine, bon sang ?

Si, vraiment, tu te sens légitime à légiférer sur ce que devrait être le porno, il y a peut-être quelques éléments qui mériteraient avant ceux-là d’être pris en compte. Pourquoi ne pas commencer par l’utilisation du préservatif ? Au pif, aussi, on pourrait soulever l’idée du consentement, non ? L’âge (légal) des acteurs et des actrices ? Au lieu de cela, tu autorises le porno à rester aussi trivial et stéréotypé qu’il le veut, mais tu l’empêches par contre d’être créatif et tu jettes des pratiques, visiblement sélectionnées au pif, dans le sac du sexuellement incorrect.

Mais allez, il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Si, vraiment, tu veux légiférer sur le porn, tu pourrais prendre exemple sur Zentropa, la société de production de Lars von Trier. En 1997, la productrice Lene Børglum y réunissait un comité de femmes pour rédiger le Puzzy Power Manifesto, une charte régissant la production porno du label. Le manifeste rendait obligatoires un scénario crédible et des pratiques respectueuses des désirs des femmes, proscrivait la violence et les pratiques forcées, et conseillait l’introduction du second degré dans les films. Enfin, pour ça, cher gouvernement britannique, il faudrait déjà que tu saches ce que tu essaies de prouver.