« Une maman formidable » : un aperçu de l’enfer

Dans la grande mouvance des émissions de télé fondées sur la notation de tout et n’importe quoi (par tout le monde et n’importe qui), D8 pousse le bouchon un peu plus près du caniveau : sa nouvelle émission sobrement intitulée Une maman formidable propose à des mères de famille de jouer la compet’. En avant les clichés !

Pour que la baston aille bon train, on case les participantes dans des cases bien stéréotypées : la maman-poule, la stricte, la décontractée et la stressée. Un peu comme les Spice girls, histoire que chaque ménagère de moins de 50 ans puisse s’identifier. Chacune des formidables mamans invite les autres chez elle pour un tour express du propriétaire pendant lequel elle peut jouer la bonne commerciale en vantant les mérites de ses choix de formidable maman, du lino au contenu du frigo.

Et là, comme à l’école, c’est l’heure des évaluations. A l’académie des daronnes, trois matières : la chambre de l’enfant (« J’ai trouvé ça joli mais mal rangé quand même« ), l’activité en famille (« J’ai trouvé que c’était une vraie activité de petite princesse« ) et le repas (« Je mets la note de 2 parce que c’était un repas équilibré mais qui a vite tourné au vinaigre« ). En fin de semaine, une spécialiste y va de sa sentence sur les méthodes éducatives, suprême barème de l’aspirante mère parfaite. Voilà de quoi ajouter un peu de plomb aux deux grands ressorts des personnages féminins de la télé-poubelle : la compet’ permanente (avec option crêpage de chignon) et la langue de vipère (l’option fonctionne aussi).

Où sont les pères ?

De la propreté des sols à la qualité de la popote, de l’obéissance des gamins aux cinq fruits et légumes par jour, tout repose sur les mères. Tout ce qu’on voit des pères (l’émission laisse planer comme une évidence l’équation « un papa une maman »), c’est un plan d’une demi seconde sur une photo de famille. C’est simple, D8 fait revivre l’image d’Epinal de la mère au foyer bien-comme-il-faut, qui attend qu’on lui donne une médaille de bonne conduite pendant que son mec… Tiens, il fait quoi d’ailleurs son mec ? On ne sait pas (d’ailleurs aucun des pères n’a de prénom) mais on suppose qu’il chasse le dîner.

N’empêche, cette vision de l’enfer en 40 minutes a tout de même le mérite de nous rappeler que la somme des injonctions définissant ce qu’est une bonne mère ne cesse de gonfler, en même temps que la sentence qui attend celle qui échoue. Celle qui n’allaite pas, fait bouffer des surgelés à sa smala, se pointe en retard à l’heure des mamans (si si, ça s’appelle toujours comme ça dans bien des écoles) et ne trouve pas le temps de ressembler à une femme Barbara Gould, est montrée du doigt comme une pestiférée. C’est déjà une réalité, à laquelle D8 se contente de donner un cadre tout en paillettes. Heureusement, c’est bientôt Noël, et la chaîne s’apprête à nous faire le plus beau des cadeaux : remiser cette daube télévisuelle à peine le premier round terminé, faute d’audience.