Niki la flingueuse

Il y a tellement plus à connaître de Niki de Saint Phalle que ses grosses nanas.  De son oeuvre, on a retenu le joyeux et le coloré mais on a oublié ce qui a fait d’elle une figure radicale et sombre de l’histoire de l’art. Celle qui a coupé de toutes ses forces les ponts avec son héritage bourgeois était profondément engagée et défendait l’égalité avec la puissance d’une guerrière.

Niki de Saint Phalle est née avec une cuillère en argent au bec à Neuilly-sur-Seine. Ses convictions politiques ne collaient pas plus avec son milieu social que son tempérament. Violée par son père à 11 ans, elle a passé sa vie entière à expier cet abus et en a fait son arme. Ses oeuvres les plus fortes, les plus subversives, ce sont certainement les tirs : en 1961, elle prépare des tableaux géants composés d’une multitude d’objets qu’elle recouvre de plâtre. A la carabine et en public, elle détruit ses oeuvres, dont jaillit de la peinture de toutes les couleurs comme autant de blessures. Jouissif, violent et sans concession : à l’époque, on en revient pas qu’une femme puisse créer quelque chose d’aussi peu « féminin ». Pourtant c’est du féminin qu’elle parle, inlassablement.

L’expo qui lui est consacrée au Grand Palais est à voir absolument, jusqu’au 2 février. On en a beaucoup entendu parler ces derniers temps, mais on a beaucoup moins parlé d’un sublime bouquin que je vous recommande chaudement. « Le jardin des secrets » est une biographie graphique et subjective, au trait de crayon et au ton faussement naïfs, qui retrace la vie de l’artiste, découpée en 22 chapitres, chacun représenté par une carte de Tarot. Avec du féminisme, de la colère et de la tendresse dedans.

Le livre

Niki de Saint Phalle, Le jardin des secrets, par Dominique Osuch et Sandrine Martinaux éditions Casterman, 22€.

L’expo

Niki de Saint Phalle au Grand Palais, jusqu’au 2 février