Le féminisme de H à M

Il m’aura fallu du temps avant de le publier, cet article. Au regard de ce qui s’est passé la semaine dernière, qui a résonné chez tous les journalistes avec une violence nouvelle, tout a soudain paru bien dérisoire. Bien con même, disons-le franchement. Pourtant c’est aussi notre devoir, cette semaine plus que la précédente, de continuer à écrire contre les obscurantismes de tous poils. De ne pas prendre les choses trop au sérieux, aussi. Voici donc la suite du petit abécédaire du féminisme.

H comme Hétéronormativité

C’est la présomption d’hétérosexualité : considérer, par défaut, que tout le monde est hétéro, que c’est la norme. Longtemps, les rapports hommes-femmes étaient unanimement pensés comme reposant sur une vision binaire et une complémentarité (l’homme est fait pour la femme et surtout vice et versa). Le féminisme des années 70 a introduit la notion d’hétéronormativité pour lutter contre la mise à l’écart des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans et queer (LGBTQ). On peut voir l’homophobie (ainsi que leurs potes biphobie, lesbophobie, transphobie et queerphobie) comme le revers affectif et vindicatif de la crasse médaille de l’hétéronormativité.

I comme Intersectionnalité

Cette problématique a été introduite dans les luttes féministes par le black feminism. L’idée : remettre en cause la domination blanche au sein du mouvement et rendre visibles les revendications spécifiques aux femmes non-blanches. La question de l’intersectionnalité a pour objectif de prendre en compte conjointement les discriminations liées au genre, à l’ethnie et à la classe sociale (la liste est non-exhaustive). En gros, c’est par exemple prendre en compte le fait que la discrimination subie par une femme blanche n’est pas la même que celle subie par une femme noire.

J comme Journée des droits des femmes

« C’est la journée de la femme alors je te paie le café. » « A l’occasion de la journée de la femme nous offrons à nos aimables clientes un tube de gloss fuchsia. » « Pour la journée de la femme, entrée gratuite pour les filles. » Non, le 8 mars n’est pas une extension au genre féminin tout entier de la fête des secrétaires, une sorte de célébration de la chatte : le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes ! Et le choix des mots est important, j’aime autant vous le dire. Sauf si on pense que ce dont les femmes souffrent vraiment, en 2015, c’est de ne pas recevoir assez d’immondes cadeaux roses tout au long de l’année.

Louis/Louise de Ville

K comme (Drag) King

Le Drag King, comme sa cousine Drag Queen, est un exercice qui consiste à se mettre dans la peau du genre opposé le temps d’une performance (ou d’un atelier) en jouant à fond les archétypes qui le caractérisent. Dans les années 80, le mouvement queer théorise le Drag King (qui trouve ses origines au 19e siècle) en partant du postulat que le genre est une construction sociale et donc, un ensemble de codes avec lesquels on peut jouer (ici, ceux de la virilité) pour remettre en question avec humour la binarité masculin/féminin. La culture Drag King est très proche du burlesque.

L comme Libération sexuelle

En 68 apparaît, comme une bombe, le terme de « révolution sexuelle ». En fait, il désigne une libération sexuelle, plus lente et plus profonde, qui s’est accélérée à la fin des sixties. Merci l’autorisation de la pilule contraceptive en 67, la légalisation de l’avortement en 74 : la sexualité n’est officiellement plus seulement reproductive, les femmes peuvent avoir un minimum de contrôle sur leur propre corps et espérer avoir un enfant si elles le veulent, quand elles le veulent. Mais à trop attribuer la libération sexuelle à ce temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre, on finit par oublier qu’on n’est pas encore arrivé. L’épanouissement sexuel est devenu une injonction au même titre que l’orgasme à tous les coups, le culte de la performance fait des dégâts aux egos, on attend toujours d’une femme qu’elle n’ait pas trop de partenaires sexuels et d’un homme qu’il les cumule (voir Double Standard) ; l’accès à la contraception et surtout à l’IVG n’est pas aussi aisé qu’il y parait… Et on regarde toujours une femme qui ne veut pas d’enfant de travers. Je vous la fais courte mais on peut dire qu’il y a encore du boulot.

M comme Mansplaining

Le mot est nouveau mais le principe, centenaire. Contraction de man (homme) et explaining (expliquer), le mansplaining désigne le fait pour un homme d’expliquer à une femme avec force condescendance un sujet qui la concerne elle, et pas lui. Par exemple, si Maurice explique à Germaine que les femmes ne sont pas confrontées au sexisme en France, il mansplain à toute berzingue. La même, si il explique à Germaine que non, les femmes ne devraient pas défendre leurs droits de cette manière, ou lui explique comment elle doit (ou ne doit pas) réagir face au harcèlement de rue. Pour faire un parallèle parlant, c’est un peu comme si une personne blanche expliquait le racisme ordinaire à une personne noire.

La suite la semaine prochaine…