Herself: récupérons notre corps

Si vous n’avez pas encore découvert Herself – superbe site d’interviews intimes de femmes, ponctuées de clichés nus bienveillants – allez y faire un tour. C’est une ode à la diversité, et ça fait un bien fou.

A l’origine du projet Herself, l’article australienne Caitlin Stasey (que vous connaissez si vous regardez la série américaine Reign). « J’étais désespérée de ne pas voir de visages et de corps différents dans les médias », expliquait-elle au lancement du site. Herself a pour ambition de montrer les femmes – toujours anonymes excepté pour le premier portrait, le sien – dans toute leur diversité. Face à ces photos et ces entretiens fleuves, on se rend vite compte que nul part les femmes ne sont présentées de cette manière. Pourtant, ça n’a rien de sorcier : elles sont sujets plutôt qu’objets et ne sont pas présentées sous le prisme des canons ou des attentes de la gent masculine. C’est doux, bienveillant. Puissant, aussi. Ce genre de traitement est rare, voilà l’énorme problème qui saute aux yeux.

Ironiquement, c’est un lien racoleur qui a fait monter la mayonnaise autour du lancement du site : « Une actrice lance un site pour les femmes contenant des interviews intimes et des photos nues. » Pourtant, aucun érotisme : l’intimité qui est dévoilée ici est bien plus profonde que les images sexualisées qu’on nous sert à longueur de journée. Au commencement de Herself, Caitlin a été surprise de voir à quel point les femmes qu’elle rencontrait s’excusaient d’avoir un corps ne correspondant pas aux canons de beauté : même celles qui adhèrent au projet et souhaitent y participer appliquent à leur propre corps les injonctions contradictoires contre lesquelles elles s’érigent, preuve de l’importance de son projet.

Les femmes qui se prêtent au jeu répondent à un questionnaire identique à chaque portrait et parlent identité, sexualité, genre, rapport au corps, masturbation, porn, image des femmes, féminisme… « Une femme a rarement l’opportunité d’être elle-même, un individu autonome à qui on laisse déterminer son identité. Je voulais donner aux femme la possibilité de s’approprier cela », explique Caitlin Stasey. « Le fait que la nudité consciente crée la polémique montre à quel point notre société est sans-dessus-dessous et oppressive. Ca ne devrait pas être sujet à justification. » Herself offre un espace safe permettant aux femmes de se dévoiler avec leurs mots et de s’affranchir consciemment des pressions subies par leur corps. Espérons qu’il les encourage aussi à porter un regard bienveillant sur leurs pairs.






Pour participer au projet, vous pouvez contacter Caitlin : herselfdotcom@gmail.com

Voir aussi

Mon article « Toutes les origines du monde » dans le magazine Be. J’ai parlé sexe, poils et rapport au corps avec six femmes, Emilie Jouvet les a photographiées nues : ici.