Le courrier du cul #8

« L’un de mes partenaires du moment semble ne pas connaître la spontanéité : il enchaîne les positions (toujours les mêmes, dans le même ordre), sans aucun échange, et j’ai presque l’impression qu’il se ‘regarde’ faire l’amour, ce qui est assez pénible. Il n’y a aucune connivence : c’est désespérément mécanique. Comment lui faire comprendre que ça ne me plait pas ? »
Lila*, 22 ans

Chère Lila,

Vous n’avez pas précisé si votre partenaire regardait du porno, ça a donc été ma seule question. Et, sous les roulements de tambour de l’évidence, vous m’avez répondu « Oui, beaucoup ». Ce monsieur semble être atteint de ce que j’appelle le « syndrome de Youporn » : toutes ces baises mécaniques, quasi-systématiquement scénarisées de la même manière, sont typiques des tubes mainstream. Et on ne peut pas en vouloir au pauvre bougre. Ces images donnent une idée de la sexualité masculine gonflée à bloc de performance. En bref, il pense que pour être un bon amant, il doit multiplier les positions dans un ordre qui, ma foi, a l’air de fonctionner à l’écran. Et comme il semble ne voir la sexualité que sous le prisme de la performance, il en oublie d’écouter son propre plaisir – et le vôtre, encore plus. Disons-le franchement, ce n’est pas le terrain le plus propice pour prendre du plaisir.

Comme dans bien des situations, la solution la plus efficace est aussi la plus bête : communiquer. C’est même pas moi qui le dit, c’est James Deen, l’acteur porno qui comptabilise le plus de fangirls. Je ne fais pas partie de ce club, pour des raisons partagées par Ovidie dans ce très bon article… Mais force est de constater que la porn star préférée de ces dames délivre un message loin d’être con, quand on lui pose les bonnes questions. « On ne fait pas l’amour à quelqu’un, on fait l’amour avec quelqu’un. Si vous n’arrivez pas à communiquer, autant vous contenter de vous masturber », lance-il dans une interview à Men Health. C’est même un peu sa catch phrase. « Les gens ne devraient pas faire l’amour comme dans le porn », poursuit-il. « La durée pendant laquelle on baise, le nombre de positions que l’on adopte, la manière dont on pose pour la caméra – ce genre de choses – ça sert simplement le film. Le porno ne devrait pas être le modèle de votre vie sexuelle. » Voilà qui est dit, et bien dit. Mais revenons-en à nos moutons, parce que ce n’est pas à lui mais à vous que je réponds.

Force 1 : Prenez les devants. Plutôt que d’attendre qu’il comprenne magiquement qu’il est dans le brouillard de sa recherche de pilonnage cinégénique, montrez lui ce que dont vous avez envie, ce que vous aimez, et surtout, par pitié, faites lui explicitement comprendre quand vous n’appréciez pas ce qui se trame. Avec un peu de chance, ça lui donnera une autre perspective, et peut-être qu’il se laissera aller à un peu de naturel. Force 2 : quand la méthode subtile ne donne rien, il ne reste qu’à utiliser les mots. S’il se rend compte qu’il a une vision biaisée du cul et qu’il prend suffisamment confiance en lui pour larguer son syndrome de Youporn, Mazeltov ! Vous aurez entre-ouvert la porte qui mène au plaisir partagé – un petit pas pour la destruction du culte de la performance, un pas de géant pour votre plaisir. Mais si vous vous rendez compte qu’il se fout de ce dernier comme de son premier boitier ADSL : tirez-vous. On ne peut changer les gens que s’ils le souhaitent.

Au plaisir,
Poulet Rotique

* Le prénom a été changé.