Comique involontaire du masculinisme (avec de vrais morceaux d’injustice dedans)

On croirait à une blague. D’ailleurs, histoire d’être sûre que ce n’en était pas une, j’ai poncé les Internets pendant des jours. Des jours, vraiment, mais non, en fait, ce n’est pas une blague. Le magazine indien Maggcom a tellement à coeur l’égalité entre les femmes et les hommes – enfin, surtout les hommes -,  qu’il a fait un pas de côté sur sa ligne éditoriale pour se mouiller politiquement. Voyez, les hommes sont discriminés dans ce monde.

« Pourquoi les hommes devraient-ils céder leur siège quand ils voient une femme debout ? », s’indigne le magazine. Leur complainte est tellement grotesque que, tiens, je vous la traduis en entier. « Pourquoi devraient-ils tenir la porte à une femme qui passe ? Les hommes n’ont pas d’entrée gratuite dans les clubs. Contrairement aux femmes, ils n’ont pas leurs règles […] et ne peuvent pas s’extirper des problèmes en disant qu’ils ont leurs ragnagnas. Les hommes n’obtiennent pas de vote de sympathie. Pourquoi les hommes devraient-ils ne pas pleurer ? Pourquoi les hommes devraient porter les choses lourdes ? Pourquoi pas les filles ? »

Donc oui, c’est difficile pour les hommes, qui sont devenus les nouvelles victimes des inégalités, dans ce monde où ils sont écrabouillés par la domination féminine. C’est vrai, ça se plaint des inégalités salariales, de l’objectification systématique, de la répartition inégale des tâches, du sexisme ordinaire et des violences faites aux femmes mais, hé ! Les hommes doivent payer leur entrée en club ! Faut se rendre à l’évidence, les femmes sont quand même de sacrées veinardes : les petites peuvent mettre des talons pour avoir l’air plus grandes, les moches peuvent se couvrir de maquillage pour paraitre plus belles, alors que les hommes, non. Je ne grossis pas le trait. Ce sont les véritables arguments utilisés par la campagne #DontMancriminate.

Penchons-nous un instant sur les visuels de la campagne. Ce bandeau sur la bouche, ce noir et blanc dramatique, ça ne vous rappellerait pas les campagnes contre les violences faites aux femmes ? Sur l’une des affiches, on peut lire la mauvaise blague suivante « Nous ne discriminons pas contre une paire de seins. Pourquoi le faites-vous ? Bus réservés aux femmes ; trains réservés aux femmes ; files d’attentes réservées aux femmes. » L’ennui, c’est que, rappelons-le, cette campagne a été réalisée par un magazine indien, et qu’en Inde, les bus et compartiments de trains réservés aux femmes font partie d’un dispositif mis en place pour enrayer la recrudescence de viols dans les transports en commun. Mais hé, quelle injustice !

Voir aussi

Mon dossier « Sexisme bienveillant, l’ennemi déguisé en pote » dans le Causette du mois de mai. J’y parle paternalisme sympa, galanterie à l’ancienne et petites habitudes qui partent d’une bonne intention mais réduisent les femmes à de petites choses bêtes et fragiles. Ici !