« Je ne suis pas misogyne, mais… »

Quand une phrase commence par « je ne suis pas misogyne, mais… », on peut être à peu près sûr que la suite sera foireuse. Et bien sûr, misogyne. C’est ce qu’a prouvé le rappeur T.I. dans une interview au cours de laquelle il s’est exprimé sur la candidature de Hillary Clinton à la présidentielle américaine.

« Je ne suis pas misogyne, mais je ne peux pas élire une femme comme leader du monde libre [ça veut dire les Etats-Unis, dans un langage légèrement dépassé idéologiquement]. Pour n’importe quel poste, je pense qu’une femme peut assurer. Mais présidente ? Je sais que les femmes prennent des décisions irréfléchies sur le coup de l’émotion – elles prennent des décisions très permanentes, définitives – et ensuite, c’est comme si ça n’était pas arrivé, ou elles n’y étaient pour rien. […] Le monde n’est pas encore prêt. Je crois qu’on pourrait élire le monstre du Lochness président avant d’élire une femme. » 

Depuis, le rappeur s’est excusé dans un tweet. Faut croire qu’il s’était exprimé de manière irréfléchie sous le coup de l’émotion… De manière suffisamment permanente et définitive pour qu’il ait besoin de se laver de ses conneries en public. Une vraie bonne femme !

Qu’est ce qui pose problème de manière aussi viscérale dans le fait qu’une femme puisse gouverner ? Deux ressorts s’opposent en duel : le premier consiste à mettre en avant ses caractéristiques toutes féminines, le second veut qu’au contraire une femme de pouvoir soit trop masculine pour être honnête. Quoi qu’il en soit, ça ne va jamais.

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Ambitieuse
= Ecrasante

Cette une du Time ouvre douloureusement les hostilités : Hillary Clinton y écrase – littéralement – non pas ses adversaires mais les hommes. La fameuse menace de la chaussure à talon…

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Ferme
Colérique

Quand Hillary Clinton s’exprime avec fermeté, on en conclue assez vite qu’elle « explose de rage« . Et bien sûr, qui flippe ? Bill, tout amoindri par son effroyable épouse.

Puissante
= Castratrice

Urban Outfitters a sorti un casse-noix à l’effigie de Clinton, histoire d’aller au bout de la grosse blague selon laquelle elle émascule les hommes. Sous une pluie de critiques, la marque s’est rendue compte qu’elle avait merdé, mais plusieurs petits malins ont ressorti un produit quasi-identique en moins de deux.

Cocu
= Suspecte

« Si Hillary Clinton ne peut pas satisfaire son mari, qu’est ce qui lui fait penser qu’elle pourra satisfaire l’Amérique ? » Donald Trump aurait-il balancé une telle stupidité à propos de son adversaire, si c’était un homme ?

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Douée de parole
= Hystérique

Plutôt que de s’attaquer à ses idées, il est beaucoup plus simple de montrer Hillary Clinton comme une parfaite cinglée. « Les voix dans sa tête« , titre le journal. « Le psychodrame fatal« , attaque-t-il encore. C’est bien, ça permet d’éviter tout débat de fond.

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Femme
= Bout de viande 

« Deux grosses cuisses, une petite poitrine, aile gauche. » Et quand on a déjà utilisé toutes les solutions précédemment énoncées, quoi de plus efficace pour discréditer une candidate à la présidentielle que de la comparer à un morceau de poulet ?

Si Hillary Clinton n’a pas encore eu droit à un élégant « qui va garder les enfants ?« , c’est probablement qu’on lui reproche déjà d’être trop vieille pour être présidente. On aura un tout petit peu avancé au moment où on aura compris que voter pour une femme parce qu’elle est une femme n’est pas plus un acte féministe que de débattre sur sa coupe de cheveux plutôt que son programme.