Première fois : sentir le savon, se maquiller « pas trop too much » et « se faire violence »

© Eugenia Loli

Ahhhh Youtube, cet espace de partage des savoirs où de parfaits crétins peuvent distiller leurs conseils douteux et seront rémunérés pour ça. Kelly Angelini, « une jeune maman de 24 ans » qui répond au pseudonyme de KayEhHey, propose dans une nouvelle vidéo ses conseils avisés pour une première fois réussie avec un garçon. Dans un décor digne d’une garderie, rehaussé avec succès d’un effet « flocons de neige », elle s’adresse à ses abonnés en grande soeur, et le résultat est aussi décontenançant que dangereux [Mise à jour 16/12/15 : la vidéo a été supprimée].

Evitons les accidents

Kelly nous parle de toutes les choses qui « s’imposent » pour « faire la chose », sans jamais utiliser le mot « sexe ». Le champ lexical du sexe la met manifestement très mal à l’aise. Elle nous explique d’abord que « la majorité sexuelle, elle tourne autour de 15 ans, 15 ans et demi ». Saviez-vous, chère Kelly, que la majorité sexuelle n’était pas une approximation mais un article de loi ? 15 ans. Tout pile. Pas et demi, pas « à mon avis et d’après mon expérience. » Mais Kelly s’est réellement documentée, et elle livre même une interprétation du texte de loi. Le pourquoi du comment de la majorité sexuelle « c’est pour ne pas se blesser ».

Une fois qu’on s’est assuré qu’on était en âge de ne pas se casser le col du fémur, encore faut-il savoir si on est prête « pour les bonnes raisons », que voici : « Est ce que notre relation a de l’avenir ? Est-ce qu’on a vraiment des sentiments pour ce garçon ? » Evidemment, le fait ou non d’en avoir envie semble tout à fait secondaire : l’important, c’est d’être une jeune femme respectable qui ne donne pas sa petite fleur à n’importe quel brigand. Il s’agit de « se dévoiler tranquillement, à son rythme : si vous donnez trop le premier jour, qu’est ce que vous aurez à donner par la suite ? ». Un point pour Kelly, qui plonge sans même s’en rendre compte dans la misogynie la plus basique.

Le corps féminin, cette honte

Kelly nous invite ensuite à nous attarder sur un point primordial : la tenue vestimentaire et le maquillage. Parce que, bien sûr, le secret d’une première fois réussie réside dans la manière dont vous avez choisi de vous parer pour honorer l’homme au bout de la verge qui fera de vous une femme. « Classique, sophistiquée mais surtout très confortable », la jeune femme qui s’apprête à être déflorée s’habillera de façon à ne pas trop dévoiler de peau et choisira des couleurs qui « influencent beaucoup le désir chez l’homme […] du genre rouge, prune. » N’oublions pas d’éviter les matières synthétiques, qui font transpirer, ce qui « fout la honte », bien entendu (les femmes transpirent de l’eau de Lolita Lempika, en principe). Enfin, Kelly la-grande-soeur-super-sympa est « entièrement favorable » au maquillage, elle recommande cependant pour un premier rapport sexuel remarquable de partir sur du « pas trop too much ».

Zone praticable opérationnelle

Ce n’est pas de désir qu’il est question après cette indispensable recommandation mode, pas non plus de plaisir, mais de l’hygiène de « cette zone là, qui va être pratiquée et qui doit être opérationnelle en toute circonstance ». Une bonne douche avant de tomber la culotte, c’est une « question de respect ». Pour les hommes comme pour les femmes, certes « mais c’est vrai que pour la fille c’est beaucoup plus important parce [qu’elle] a cette image de la princesse qui ne pète pas, qui ne fait pas caca, donc il vaut mieux qu’elle ait bonne odeur également. » Ce serait en effet dommage de dégouter le mâle avec son corps de pécheresse (sale par nature). Nettoyage deux fois, savon après le pipi, et zou : on est quand même plus tranquilles, pas vrai ?

Pour les poils, en revanche, Kelly prend le parti de la tolérance : c’est vraiment une « question de préférence ». Mais quand même : « ça risque de le dégouter et de gâcher l’instant, voyez. […] C’est bien d’avoir des principes, c’est bien d’avoir des préférences, mais pour la première fois il vaut mieux mettre tout le monde à l’aise. » Bon, heureusement, la dame nous dit qu’on peut quand même garder notre libre arbitre dans un coin pour plus tard : en effet il est possible d’en discuter avec son partenaire ensuite et « trouver un compromis ensemble ». Après tout, une fois qu’il y a goûté, c’est un peu son corps a lui aussi.

« Se faire violence »

Alors maintenant, comment se tenir ?, vous demandez-vous. D’abord, rester dans la retenue, ne pas trop montrer qu’on en a envie – c’est pas très joli chez une fille. Si à l’inverse vous êtes stressée (on ne s’attardera pas sur les mécanismes qui font que les filles peuvent être stressées par un premier rapport sexuel, on a plus le temps, on a déjà passé 5 minutes sur la tenue vestimentaire), dites-vous bien que « tout le monde y est passé », « posez-vous le moins de questions possible et pis ça ira tout seul. » Heureusement, elle nous rappelle que « quand y a l’envie, ça facilite la chose. » Mais comme l’envie, on en a pas parlé, on va juste rester sur l’idée que c’est mieux avec que sans, mais que c’est pas indispensable non plus. En tous cas pas autant que d’avoir des sous-vêtements assortis. La conclusion est toute trouvée : « Il faut se faire violence ».

Un « trou rempli de plis et de recoins »

L’important, pendant la si fatidique première fois, n’est pas vraiment de passer un bon moment mais de montrer qu’on est « réceptive« . Sans oublier, tout de même, « un petit pipi » pour éviter la vessie « n’explose », on « mise sur des choses simples et efficaces ». On n’en saura pas plus, mais on peut supposer que Kelly est favorable au combo fellation+missionnaire+orgasme masculin qui sonne le clap de fin. Un dernier conseil ? Comme si tout ça n’était pas suffisamment angoissant, il s’agit également de bien penser à éviter champignons et autres horreurs gynécologiques, le vagin étant « un trou rempli de plis et de recoins. »

Son ignorance crasse n’empêche en rien Kelly de se sentir légitime à distiller ses conseils à ses près de 250 000 abonnés, et grâce à Youtube, elle sera rémunérée pour ça. Récompensée financièrement pour avoir expliqué à des jeunes filles que le plus important dans une première relation sexuelle avec un garçon, c’est de se forcer un peu, de ne pas porter un décolleté trop plongeant et de se récurer l’entre-jambes par respect pour les garçons. J’oscille entre honte et colère. Je vais prendre les deux.