Libérer nos corps imparfaits

© Ashley Armitage

Self Love Mouvement qui promeut l’acceptation de son corps à travers une redéfinition de la beauté, libérée de la notion sclérosante de corps idéal.

La tyrannie du corps idéal – mince, blanc, jeune, ferme, lisse, inodorant – oeuvre à merveille à nous faire détester le nôtre. En France, 53% des femmes n’aiment pas leur corps. La recherche de la beauté n’est pas ressentie comme une contrainte pour la majorité (80%) des femmes – se faire belle est un « plaisir » pour 94% d’entre elles – mais 96% déclarent avoir détesté leur corps au moins une fois. Elles sont 70% à vouloir en changer une partie. Voilà en substance pourquoi l’imagerie « body positive » est essentielle pour se départir de cette haine de soi. Découvrez le travail de quelques photographes qui brossent les corps féminins dans le sens de la bienveillance.

Les propos des artistes citées ici sont issus d’interviews publiées sur l’excellent Dazed Digital (en anglais).

 

 

Dans une société patriarcale, les femmes sont bombardées d’informations sur ce qu’elles doivent être et ce à quoi elles doivent ressembler pour satisfaire les autres, spécifiquement les hommes”, note Lauren Crow. Le travail de cette photographe basée à Portland (Oregon, Etats-Unis) explore les spécificités des corps féminins considérées comme imparfaits. “De manière générale, on nous montre uniquement ce qui ne va pas avec notre corps. Le message est en substance : achète ceci pour pouvoir changer cela et être acceptée. […] C’est génial que les femmes grosses commencent à être davantage représentées, mais on a aussi besoin de voir des femmes qui ne soient pas stéréotypées – racisées, invalides, transgenre et queer. Je vois beaucoup d’images de femmes blanches très minces avec des poils sous les bras qui sont applaudies, mais celles qui ont des corps moins acceptables continuent d’être vues comme ridicules.

 

Impossible de lire la presse sans tomber sur dix articles en lien avec le corps. C’est comme si nous vivions dans un jeu télévisé un peu flippant dans lequel personne ne serait vraiment propriétaire de son corps ; c’est une propriété publique. Mon travail m’a aidée à normaliser la nudité.” A travers ses portraits chiadés, la jeune photographe anglaise Maisie Cousins veut rendre leur corps à ses sujets. “Quand on a 15 ans et qu’on voit toute cette imagerie ridicule de nudité, on ne s’y reconnait pas plus qu’on n’y reconnait ses pairs. Représenter le corps permet de normaliser ce qui est en fait très normal… Comme la nudité.

 

La marque de fabrique de la suédoise Arvida Byström est le pastel et l’apparente innocence. Son médium favori : le selfie, qu’elle poste sur Instagram pour secouer les stéréotypes de genre et les représentations de la féminité. “Pourquoi tous les corps nus – spécialement ceux de femmes cisgenre ou transgenre – sont-ils systématiquement considérés comme du contenu sexuellement explicite ? Un corps devrait pouvoir être nu sans être étiqueté ‘sexe’. J’aime le sexe, j’aime me sentir sexy […], mais mon corps est tellement plus que ça. C’est un corps complètement anti-sexy parfois, un corps fatigué, qui ressent des émotions, qui court, dort, chie, s’effondre, et fait des milliards de choses, nu ou non.

 

 

Je crée des images du corps féminin parce qu’historiquement ces images ont été contrôlées par les hommes. On était toujours celles qui étaient représentées, jamais celles qui représentaient. J’essaie de récupérer ce qui est à nous et d’explorer ce que c’est d’avoir un corps qui a toujours été définit par le regard masculin.” Le travail d’Ashley Armitage est réaliste et porte un regard doux sur les irrégularités des corps qu’elle photographie. “Une femme a commenté un jour l’une des photos Instagram en disant : ‘Je dois admettre qu’au début j’ai trouvé tes photos dégoutantes mais plus je les regarde, plus je les trouve belles et normales.’ Voir ce type d’images peut en effet être choquant au début, parce que nous sommes submergées d’images retouchées à la perfection. Mais c’est pour ça qu’elles sont importantes – elles montrent la réalité des corps féminins d’une manière auquel notre regard n’est pas accoutumé.

 

 

© 1001 fesses
© 1001 fesses

1001 fesses

Plates, pas assez fermes, proéminentes, vergeturées… Les fesses peuvent devenir une obsession, voire un complexe. En photographier 1001 paires, de femmes de tout âge et de toute nationalité, c’est le défi que se sont lancé Emilie Mercier et Frédérique Marseille, pour magnifier les irrégularités de chaque arrière-train et montrer sa beauté sans l’aide de Photoshop. « Si on photographie 1001 paires de fesses, on finira par trouver que les nôtres ne sont pas si pires », a un jour lancé Frédérique à Emilie. Depuis une année, donc, les deux amies basées à Montréal collectionnent les postérieurs féminins. 400 femmes ont déjà manifesté leur intérêt à être photographiées.
Le projet se veut une ode au corps féminin, un poème visuel. Facebook s’est pourtant offusqué de voir les popotins se multiplier. Alors que la page Facebook du projet atteignait 6500 fans, le réseau l’a supprimée, invoquant un « contenu pornographique ». Fesses de toutes apparences, unissons-nous ! Que l’on fasse du 36 ou du 50, que l’on ait 20 ou 70 ans, dévoilons-nous pour prouver qu’il n’existe pas qu’un modèle de beauté ! 1001fesses.tumblr.com
Par Julie Jeannet