Revenge porn : la loi ne protège pas les victimes (mais parfois les coupables)

Fin janvier, l’Assemblée Nationale a voté un amendement punissant le « revenge porn ». En français, la « vengeance pornographique », c’est diffuser sur Internet des images à caractère sexuel sans le consentement de la personne concernée. Dans l’immense majorité des cas, les victimes sont des femmes ; et dans l’immense majorité des cas, les auteurs sont des ex. Il n’existe pas de statistiques sur ce phénomène en France, mais on sait qu’aux Etats-Unis la menace de publier des images intimes est une réalité dans une rupture sur dix. 60% de ceux qui menacent passent à l’acte.

Des centaines de sites dédiés à ces revanchards pullulent sur Internet. Pour info, l’un d’entre eux – l’un des rares pour lesquels on a des infos chiffrées – comptait 300 000 visiteurs quotidiens avant de fermer… Et d’être remplacé par un autre. Bref, l’Assemblée Nationale a voté une sanction de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Très bien.

Sauf que le texte doit encore être étudié par le Sénat, et pendant ce temps là, c’est le vide juridique intersidéral. Un petit exemple ? Le 16 mars, la Cour de cassation a estimé qu’un homme qui avait publié des photos de son ex nue sans son consentement était tout à fait dans son bon droit. Selon la Cour, au moment où la jeune femme a accepté d’être prise en photo en privé, c’est comme si elle avait accepté la diffusion en public. Normal !

Privé, public, pour l’heure c’est pareil aux yeux de la loi. Imaginons que vous aimez traîner chez vous à poil – ça doit vouloir dire que vous donnez l’autorisation à tous vos voisins de se pointer dans votre salon pour profiter du spectacle. Et puis si vous montrez vos fesses à quelqu’un chez vous, ça doit vouloir dire que vous acceptez que l’évènement soit retransmis en direct sur écran géant place de la République, bien sûr.

Récemment, Nathalie Koah, une jeune femme camerounaise, racontait dans un livre comment son ex, le footballeur Samuel Eto’o, avait gâché sa vie en publiant des photos d’elle. La cour d’appel de Paris a interdit la sortie de son livre. Pourquoi ? Parce que c’est une atteinte à la vie privée… Du footballeur en question. La justice a vraiment un sens aigu de l’ironie.