Pas de blé pour l’égalité. Vraiment ?

On apprend aujourd’hui que l’Etat a consacré – tous ministères confondus – 221,2 millions d’euros à l’égalité femmes-hommes en 2016. Ne nous y trompons pas, si le chiffre peut sembler rimer avec gros sous-sous, il ne représente que… 0,05% du budget global [1]. Désespérant, vous dites ? Certes. Sachez que c’est malgré tout presque cinq fois plus qu’en 2005. En une décennie, on est donc passé d’une triste miette microscopique à une triste miette tout juste repérable à l’oeil nu.

Difficile de justifier un tel désintérêt. Car si l’Etat rechigne à dépenser ses pépettes dans l’égalité, cette dernière lui rendrait pourtant largement la monnaie de sa pièce.

Je m’explique. A l’échelle mondiale, un progrès généralisé de l’égalité femmes-hommes pourrait provoquer, à lui seul, une croissance de PIB de 28.000 milliards de dollars [2]. Vingt-huit mille satanés milliards. C’est pratiquement les PIB des Etats-Unis et de la Chine combinés.

Alors certes, pour ça, il faudrait que l’égalité soit atteinte partout et à tous les niveaux, le tout dans 10 ans. Sachant qu’à l’heure actuelle, les femmes accomplissent 66% du travail mondial, produisent 50% de la nourriture, mais ne perçoivent que 10% des revenus et détiennent seulement 1% de la propriété [3]… Autant dire que le scénario à 28.000 milliards relève davantage de la fiction qu’un épisode de Stranger Things.

Un second scénario, bien plus réaliste, a de quoi vous ramener illico sur Terre : si chaque pays parvenait à réduire les inégalités juste assez pour arriver au niveau du pays le plus égalitaire de sa région, le gain global s’élèverait à 12.000 milliards de dollars. Soit, tout de même, les PIB cumulés du Japon, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Alors, elle ne mérite pas un tout petit peu d’investissement, l’égalité ? Non ? Ok, j’en rajoute une couche, pour ceux du fond qui font comme si ça ne les concernait pas.

En 2012, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) expliquait déjà que l’égalité femmes-hommes était un levier surpuissant de la croissance économique [4]. « Toute diminution de 50% de l’écart hommes-femmes en termes de taux d’activité devrait aboutir à une hausse du taux de croissance du produit intérieur brut par habitant de 0,3 point de pourcentage ; et de 0,6 point dans l’hypothèse d’une convergence totale d’ici à 2030. Ce qui équivaut à une progression totale de 12 % du PIB sur vingt ans. » En résumé : plus d’égalité dans la sphère professionnelle = croissance.

Un exemple ? Ces cinquante dernières années, la hausse du niveau d’études était responsable de la moitié de la croissance du PIB de l’OCDE. Une hausse du niveau d’étude qui s’explique en bonne partie par l’accès des filles à l’enseignement supérieur (75% d’entre elles s’y engagent aujourd’hui après le Bac) et au rallongement de leurs études (elles sont désormais plus diplômées que les garçons).

Tiens, d’ailleurs, gageons que si une infime partie des bénéfices générés par un riquiqui investissement dans l’égalité était réinvestit dans, pfiou, au pif, les crèches (où il manque en France entre 350.000 et 500.000 places actuellement [5]) les carrières des femmes se porteraient un peu mieux. Elles produiraient plus, paieraient plus d’impôts et claqueraient quand même leur PEL. Bah quoi, c’est pas ça, le seul argument qui tienne pour que l’Etat daigne investir dans l’égalité ? Que ça lui rapporte des pépettes à la fin ?

 1  |Ce constat déprimant nous vient du rapport présenté ce matin par cinq organisations : le Comité ONU femmes France, la Fondation des femmes, le Fonds pour les femmes en Méditerranée, le Women’s worldwide web et le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes ont uni leurs forces pour tirer la sonnette d’alarme. Leur rapport (à lire ici) sera présenté ce jour à la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol.
2  | Selon une étude menée par le McKinsey Global Institute (MGI), publiée en 2015, à lire ici.
3  | Selon les chiffres de l’Unicef.
4  | Dans le rapport « Inégalités hommes-femmes, il est temps d’agir », à lire ici.
5  | D’après le dernier rapport d’ l’Observatoire national de la petite enfance, publié en début d’année.