Le courrier du cul #10

Image issue du clip “Hide”, de FKA Twigs. Image issue du clip “Hide”, de FKA Twigs.

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale de l’orgasme… Mais c’est aussi (heureux hasard) le jour de parution du flamboyant hors-série Causette dédié au clitoris, que je suis très fière d’avoir co-piloté. Voici donc, en guise d’avant-goût de ces 100 belles pages, un Courrier du cul spécial bouton de rose. Il revient souvent, dans vos lettres, cet organe parfois difficile à géolocaliser, souvent compliqué à flatter.

“J’ai un problème avec mon clito. Au début, on s’entend toujours bien, lui et moi. On se comprend, tout roule, on commence à s’envoler tous les deux vers un monde de kiffe et de volupté, jusqu’au moment où il devient douloureux. Genre, vraiment douloureux. Impossible de le toucher, c’est fini. Sauf que moi, j’ai pas fini. Et ça se termine toujours comme ça.”
Aude

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Chère Aude,

Il n’y a rien de pire que quelqu’un qui prend la mouche comme ça, d’un coup, et qui se mure dans le silence sans explication. Vous devez bien avoir les nerfs. Sauf que voilà, en fait c’est lui qui a les nerfs. Il en a plein, tellement vifs et puissants, là, sur le sommet du gland, qu’au bout d’un moment, c’en est trop : il n’en peux plus d’être tripoté et vous claque la porte au nez.

Il faut prendre des biais détournés. Des itinéraires bis, pour continuer à lui faire minette sans qu’il se froisse. Pour cela, voyez le capuchon du clitoris non pas comme un obstacle à dégager à tout prix de votre route, mais comme une moelleuse petite couverture au travers de laquelle il peut être titillé moins directement. De l’art de flatter un être sensible.

“Il faudrait arrêter de faire semblant que le clitoris est super facile à localiser, et que si on n’y arrive pas on n’est qu’un gros beauf focalisé sur son pénis. J’ose le dire, et je n’ai pas honte, il est carrément difficile à trouver ce truc. C’est différent pour chaque femme. Et parfois, je préfère faire sans, au risque de passer pour un égoïste, plutôt que de demander des directions.”
Paul

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Cher Paul,

Point de honte, le “truc” sait en effet se faire discret. Qui vous a traité de beauf parce que vous ne le trouviez pas à tous les coups? On peut regretter qu’après des millénaires de galère à le trouver, le corps humain n’ait pas fait l’effort, en toute logique, de muter au moins un tout petit peu pour nous faciliter la vie – un petit voyant lumineux pour se repérer dans le noir, un indicateur sonore genre détecteur de métaux quand on s’en approche, quelque chose, quoi! Oui, mais non.

Par contre, des millénaires d’évolution nous ont appris une leçon: quand on est perdu, c’est bien de demander. Comment vous faites, paumé dans la brousse, si votre GPS vous lâche? Entre demander votre chemin et mourir de froid, seul sur la banquette arrière de votre voiture, à essayer de trouver le nord en pensant à tous les rapports sexuels que vous n’aurez plus, vous choisissez quoi? Si pour éviter de passer pour un beauf vous vous choisissez de passer pour un égoïste, Paul, on ne va pas s’en sortir. Mettez un peu votre fierté de côté, allons.

Je ne parviens à l’orgasme que quand mes jambes sont serrées. D’abord il me semble que c’est assez bizarre, voire anormal ; ensuite ce n’est vraiment pas pratique quand j’ai un rapport sexuel avec ma copine, et que dès que le plaisir commence à monter j’ai envie de fermer les jambes (au revoir!) pour que ça m’emmène quelque part.”
Raphaëlle*

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Chère Raphaëlle,

Vous n’êtes absolument pas bizarre, encore moins anormale. Dans son rapport sur la sexualité féminine publié en 1976, Shere Hite révèle que de nombreuses femmes atteignent l’orgasme en serrant, voire en croisant les jambes. Ca concerne 33% des femmes qui répondent à son questionnaire… Contre seulement 22% qui rapportent se masturber les jambes écartées[1]. A l’époque, c’est une découverte cruciale, mais elle n’a pas franchement atteint le grand public. Déjà que Hite réaffirme que le plaisir féminin vient du clitoris et que la plupart des femmes jouissent en dehors de la pénétration, cette info fout encore un peu plus la merde: elle va à l’encontre de l’idée bien répandue d’une sexualité féminine “vaginale” – les jambes grandes ouvertes avec un petit panneau indiquant “entrée principale” en capitales.

Dans votre cas, cette spécificité qui n’en n’est pas du tout une, peut au contraire être très pratique: vous savez exactement comment vous y prendre pour atteindre l’orgasme. Il n’y a donc qu’un minuscule arrangement à passer avec votre partenaire quand vous lui dévoilerez votre recette: au risque de l’asphyxier entre vos cuisses (au revoir!), il va juste lui falloir jouer plutôt des doigts que de la langue.

Causette, hors-série “Voyage en Clitorie”, le 21 décembre en kiosques, 6,90€.

*Les prénoms ont été changés.
[1] « Statistical Breakdown of Findings » in: Shere Hite, The Hite Report: A Nationwide Study of Female Sexuality.