Une bonne fois pour toutes : la « théorie du genre » n’existe pas !

La désinformation initiée par les gais lurons de la Manif pour tous fonctionne à merveille. Elle fonctionne si bien qu’avec un SMS et des affiches ridicules, ils ont réussi l’exploit de faire entrer l’expression « théorie du genre » dans le vocabulaire de nombreux journalistes, et du coup, dans la bouche d’une bonne partie des français. Et je suis épuisée de voir à quel point il semble impossible à certains de ceux qui traitent la question de donner une définition correcte de la notion de genre.

Le métier de journaliste consiste avant tout à informer, c’est pourquoi j’ai beaucoup de mal à comprendre comment mes confrères du Grand Journal ont pu consacrer une partie de l’émission de jeudi au sujet sans jamais essayer de définir le mot qu’ils ont placé au centre du « débat ». Pire, le sujet présenté avant que les invités prennent la parole portait le doux nom de « théorie du genre » et la même formule ornait les écrans pendant toute la durée de la séquence.

Il a fallu attendre qu’Augustin Trapenard prenne la parole pour essayer de clarifier cette notion devenue nébuleuse. Malheureusement, quand toute une séquence de l’émission se base sur une formule et qu’un chroniqueur est seul à expliquer qu’elle ne veut rien dire, ça ne pèse pas lourd. Surtout quand la définition du genre exprimée par Antoine de Caunes se résume à « Et si Jean-Claude veut être maquilleuse ? ». C’est absolument épuisant.

Il faut que je vous dise un truc à propos de la « théorie du genre ». C’est une vaste connerie.

C’est un terme qui ne correspond à rien et qui est utilisé depuis des mois pour dénaturer la notion même de genre, en désignant à la place une sorte de doctrine. Le genre n’est pas une théorie, c’est un fait. Je ne dis pas ça parce que je suis une vilaine illuminati qui veut entrer dans vos cerveaux pour y installer mes idées. Je dis ça parce que c’est sa définition. Mais pourquoi utilise-t-on ce terme s’il ne correspond à rien, me direz vous ! En anglais, « theory » désigne une discipline, un sujet d’étude. Pas une théorie. En bonus, si on rajoute « gender », ça fait étranger, donc louche. Ils sont forts ces réac’. C’est comme ça qu’en partant d’un sujet d’étude, au même titre par exemple que l’économie ou la sociologie, on en est arrivés à entendre partout parler de la « théorie du djendeur ». Boouhhh, tremblez ! Pourtant, c’est aussi ridicule que de dire « attention, on va enseigner la théorie économique à nos enfants de section ES, faites gaffe, on va tous mourir. »

Donc, le genre est un fait. Chez chacun d’entre nous, il y a d’une part le sexe (l’anatomie) et le genre (l’identité). Le genre, en tant qu’objet d’étude, est né du fait que l’on s’est un beau jour demandé pourquoi les femmes et les hommes n’étaient pas identiques. Il y a des différences physiques, d’abord. Et puis il y a les constructions sociales qui font ce que nous sommes : l’éducation que nous avons reçue, notre environnement, ce que l’on attend de nous en temps que fille ou que garçon. Le genre féminin est ainsi associé à la douceur, au soin des autres, à la coquetterie, à la séduction, à l’esprit de sacrifice ; tandis que le genre masculin est associé à la force, à l’ambition, à l’esprit de compétition, à la pulsion.

« Si c’est comme ça depuis des millions d’années, c’est pas pour rien »

Là encore, il ne s’agit pas d’une théorie. On est bien d’accord sur le fait qu’on attend traditionnellement d’une femme qu’elle soit douce et d’un homme qu’il soit fort. Ainsi sont nées des petites cases délicieuses comme « garçon manqué » (une fille ayant des traits de caractère traditionnellement perçus comme masculins), et « tapette » (un garçon ayant des traits de caractère traditionnellement perçus comme féminins), qui montrent bien qu’il est socialement mal accepté de déborder de la case « genre » correspondant à notre case « sexe ».

Or le genre n’est pas aussi manichéen. Par exemple, je suis une femme et il y a des caractéristiques féminines qui me correspondent : je suis coquette, par exemple. Mais d’autres ne me correspondent absolument pas : je ne suis pas douce, je ne suis pas passive. En revanche, il y a dans les caractéristiques traditionnellement associées à la masculinité certains traits qui me correspondent : l’ambition, la force, par exemple.

« La théorie du genre veut gommer les différences entre les hommes et les femmes »

L’un des arguments des réac’ qui propagent l’expression « théorie du genre » est que le genre veut uniformiser les individus pour que les femmes et les hommes soient identiques. C’est en réalité tout l’inverse. Les stéréotypes de genre, en ne laissant aux individus que la possibilité de se conformer à ce qui caractérise le masculin et le féminin, ne leur offrent qu’un exemple à suivre, et les punit lorsqu’ils dépassent de la case qui leur a été assignée (on en revient à « garçon manqué » et « tapette »). A l’inverse, si l’on dissocie le sexe du genre, on estime qu’il n’y a aucune raison que les cases soient si étanches. On peut prendre tout dans la même case, ou un peu dans chacune. Ca ne fait pas de nous des rejetons de satan mais des individus complexes et différents les uns des autres.

Un autre argument des copains de Barjot est que le genre va faire de tout le monde des pédés et des lesbiennes. J’espère que ça vous parait maintenant complètement débile. L’orientation sexuelle est un paramètre totalement indépendant du sexe et du genre. Ainsi, ce n’est pas parce que quelqu’un est un garçon qu’il aime forcément les filles (sexe/orientation sexuelle). Ce n’est pas non plus parce qu’il est viril qu’il aime forcément les filles (genre/orientation sexuelle). Et pour boucler la boucle, l’inverse fonctionne de la même manière.

« Le gouvernement veut faire de nos enfants des homosexuels »

Revenons maintenant à la désinformation mise en oeuvre par les réac’. De nombreux parents d’élèves ont reçu un SMS qui s’est répandu comme une traînée de poudre, leur conseillant de ne pas envoyer leurs enfants à l’école le 27 janvier. En cause : « Ils vont enseigner à nos enfants qu’ils ne naissent pas fille ou garçon mais choisissent de le devenir !!! », dit le SMS. « Sans parler de l’éducation sexuelle prévue en maternelle à la rentrée 2014 avec démonstration ». Ce qu’à prévu le gouvernement, c’est un programme appelé ABCD de l’égalité, qui consiste à sensibiliser les enfants à l’égalité entre les filles et les garçons. C’EST TOUT.

Maintenant, si vous considérez qu’il est dommage que les petites filles soient implicitement éduquées à considérer leur beauté comme leur principal atout, et que les garçons reçoivent le message qu’ils doivent à tout prix dominer, si vous pensez qu’un individu ne peut être pleinement épanoui que si toutes les portes lui sont ouvertes et qu’il a le loisir de choisir lesquelles il a envie d’emprunter, je suis heureuse de vous annoncer que vous n’avez aucune raison d’avoir peur. C’est très simple, en fait.