Le féminisme de A à G

L’heure du bilan a sonné. Alors que chaque année, nous avons droit à une élection par voie de sondage de la femme de l’année (Léa Salamé pour GQ, Cristina Cordula pour Télé 7 Jours, Florence Foresti pour Terra Femina, Taylor Swift pour Billboard…), 2014 voit poindre un podium des féministes de l’année. Dingue. Preuve que le mouvement a fait couler plus d’encre que d’habitude, la MS Fondation for Women s’est associée au magazine américain Cosmopolitan pour élire les 10 stars féministes de l’année. Bien que l’idée semble tirée par les cheveux – pourquoi donc les mettre en compétition, et sur quels critères se base-t-on pour décider qui est mieux féministe que l’autre ? – Emma Watson, Beyoncé, Meryl Streep et Laverne Cox sont ainsi applaudies pour leur militantisme. Mais à force de paillettes autour d’une notion portée comme étendard de tout et n’importe quoi, on finit par être paumé. Voici donc la première partie d’un petit abécédaire du féminisme pour 2015 !

A comme Auto-objectification

En deux mots, c’est se demander « De quoi j’ai l’air ? » plus souvent que « Comment je me sens ? ». Ca fait belle lurette que le féminisme tente de mettre en évidence les effets de la représentation des femmes dans les médias (au sens large) sur leur perception de leur corps. Deux psychologues américaines, Barbara Fredrickson et Tomi-Ann Roberts, ont théorisé l’objectification comme le fait de réduire une personne au statut d’objet. A priori, donc, il est question de deux personnes : celle qui objectifie et celle qui est objectifiée. Mais dans une société où les femmes sont sans cesse scrutées et en proie à des injonctions concernant leur apparence, les théoriciennes de l’auto-objectification montrent qu’elles apprennent à intérioriser le regard évaluateur des autres et finissent par s’objectifier elles-mêmes.

B comme Bechdel

Le test de Bechdel est une sorte de label « women friendly » qui s’applique au cinéma et porte le nom de son inventeuse, l’auteure de BD Alison Bechdel. Il est d’une simplicité à la limite du comique ; il faut dire que son but est de démontrer par l’absurde la représentation sexiste des femmes dans le cinéma. Pensez à un film, n’importe lequel, et soumettez-le à ces trois questions : Y a-t-il au moins deux personnages féminins identifiables – c’est à dire portant un nom ? Ces deux femmes se parlent-elles à un moment du film ? Se parlent-elles d’autre chose que d’un homme ? Ca semble être d’une bêtise crasse, et pourtant : les films sont bien peu nombreux à passer le test. Si, si, vérifiez par vous-même.

C comme Cookie

« Cookie féministe », c’est le nom donné à la récompense que semblent réclamer certains hommes lorsqu’ils lancent « Je suis pour l’égalité » ou « Le sexisme, c’est mal ». Entendons-nous : c’est évidemment tant mieux si nous sommes sur la même longueur d’onde, mais on ne va pas demander une médaille à chaque fois qu’on est quelqu’un de bien. Si ?

D comme Double Standard

Le double standard est un cliché vieux comme le monde qui continue à se vérifier tranquillement tous les jours : il s’agit d’un code moral qui valorise la liberté sexuelle chez les hommes tout en la sanctionnant chez les femmes. En gros, un homme qui couche avec toute l’équipe de pompom girls est un don juan qu’on gratifie de tapes viriles dans le dos ; une femme qui couche avec toute l’équipe de hockey, une traînée. La psychologue américaine Terri Fisher a d’ailleurs démontré que les femmes minimisent le nombre de leurs conquêtes tandis que les hommes le gonflent, histoire de se conformer au double standard.

E comme Egalitarisme

Nombreux sont ceux (et celles) qui rejettent le mot « féminisme ». A la place est proposé un autre terme : égalitarisme (ou humanisme, ou anti-sexisme). Mais le problème, c’est que ces autres mots balayent une notion essentielle : l’inégalité. Le féminisme est un égalitarisme, mais il met en avant le fait que les femmes sont les dindons de la farce du patriarcat. Si le féminisme bénéficie aussi bien aux hommes qu’aux femmes, force est de constater que notre société est dominée par le masculin. Dire « féminisme » plutôt que « égalitarisme » ne signifie absolument pas marquer la supériorité des femmes, mais reconnaitre le fait que notre société dévalorise le féminin. Jeter aux orties la notion d’inégalité, c’est (à mon sens) ne pas avoir les yeux bien en face des trous.

F comme Féminisme

Ah, on y vient. Le Larousse définit le féminisme comme un « mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société. » Face à un mot qui semble faire peur à un paquet de gens, un site web américain a été lancé, proposant un quizz permettant de savoir si vous en êtes un(e), de féministe. Deux questions : Pensez-vous que tous les êtres humains soient égaux ? Pensez-vous que les femmes soient des êtres humains ? Félicitations, vous êtes féministe. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Mais le féminisme est loin d’être un mouvement uni : il n’y a pas un féminisme mais des féminismes. Ca ne veut pas dire que le mouvement n’a pas de sens mais qu’il est complexe et riche : parmi les thématiques qui posent historiquement question au sein du mouvement féministe, on compte la prostitution, la pornographie, le voile.

G comme Genre

Le genre est le fruit de la construction sociale d’un individu. Alors que le sexe est défini par la génétique, le genre, lui, dépend de l’éducation que nous avons reçue, de notre environnement, de ce que l’on attend de nous en tant que fille ou que garçon. Le genre féminin est ainsi associé à la douceur, au soin des autres, à la coquetterie, à la séduction, à l’esprit de sacrifice ; tandis que le genre masculin est associé à la force, à l’ambition, à l’esprit de compétition, à la pulsion. Si vous utilisez l’expression « théorie du genre », mon bon ami, vous faites un contre-sens (et fausse-route).

La suite la semaine prochaine…