Consentement, « zone grise » & mots simples

Non, c’est non. A priori, c’est clair, et tout le monde comprend « non ». Mais quand on en vient au consentement sexuel, une curieuse notion apparait : la « zone grise ».

Le consentement sexuel est une notion ignorée et bafouée bien plus souvent qu’on ne le pense, et pour cause : nous vivons dans une société qui tend à justifier, voire à légitimer les agressions sexuelles (voir V comme Culture du viol). Notre imaginaire collectif est également emprunt d’un mythe très tenace : celui qui consiste à croire qu’un viol est forcément une agression dans une ruelle sombre, perpétrée par un individu qui tient un couteau (ce qui est totalement erroné statistiquement). Ainsi, dans le cadre du couple, il arrive que le consentement soit nié – si deux personnes sont en couple, alors comment diable l’un pourrait-il violer l’autre ? Et bien tout simplement parce qu’un viol est caractérisé par une négation du consentement.

La « zone grise », c’est ce moment où le consentement n’est pas exprimé clairement, et où l’on pourrait donc potentiellement commettre un abus. Celui ou celle qui n’aurait pas clairement dit « non » créerait un flou. Evoluant tous et toutes dans un environnement culturel qui nous assomme du message qu’embrasser de force, c’est un peu sexy quand même et que se forcer un peu, ça fait partie du jeu, certains estiment qu’à défaut d’un « non » clairement explicité, c’est « oui ». Un petit conseil : quand on n’est pas sûr, le mieux est de demander, plutôt que de s’enliser dans un moment de doute.

Preuve que le consentement n’est pas une notion aussi bien comprise que ça, certains pays commencent à l’intégrer à leur cours d’éducation sexuelle. En Nouvelle-Zélande, ça fait dorénavant partie des programmes. Le ministère de l’Education entend ainsi aider les lycéens à « la prise de décision éclairée » et « l’identification des pressions des pairs ». Même chose en Angleterre où certains cours facultatifs (pour les établissements) proposent maintenant d’apprendre aux enfants, dès 11 ans, que leur espace personnel ne doit pas être franchi et qu’ils doivent respecter le refus de l’autre, même s’il n’est pas explicitement exprimé. Certains parents estiment que 11 ans, c’est trop jeune. Mais l’est-ce vraiment ? Après tout, le consentement est une condition primordiale de relations humaines saines, bien au delà de la question sexuelle.

Dans toutes les sphères autres que la sexualité, elle ne pose de problème à personne : il est très facile de savoir quand une personne est consentante et quand elle ne l’est pas. Le site américain everydayfeminism.com (mine d’or, au passage) a créé une petite BD qui met en scène des moments de vie quotidienne au cours desquels le consentement est clé et ne saurait être remis en question. Pourtant, si c’était de sexe qu’il était question, la « zone grise » réapparaitrait comme par magie. Voilà donc un excellent outil pour comprendre le consentement et remettre en question des réflexes qui relèvent de notre intériorisation de la culture du viol. Démonstration par l’absurde.

– Tu veux regarder Pulp Fiction ?
– Yep !
Une demi heure plus tard… 
– Eh, je n’aime pas trop, finalement, faisons autre chose.
– Non ! Tu as dit que tu regarderais le film donc tu restes jusqu’à la fin.

– J’aime vraiment la nouvelle chanson de The Fluffy Bunny.
Au milieu de la nuit…
– Wow ! Qu’est ce que tu fous ?
– Tu as dis que tu aimais cette chanson !
– Oui, mais je n’ai pas envie de l’écouter quand je dors !

– Donc ça, c’est le tatouage que je voudrais me faire, un jour. Juste là.
Alors qu’il est inconscient…
– Tu m’as tatoué alors que j’étais inconscient ? C’est quoi ton problème ?!
– Tu m’as dit que tu le voulais !
– Mais je ne voulais pas le faire alors que j’étais trop bourré pour réagir et que je ne savais pas ce qui se passait !

– Merci de m’avoir prêté ta voiture.
– Pas de problème !
La semaine suivante…
– Qu’est ce que tu fais ?
– Je prends ta voiture ! Tu m’as dit que je pouvais.
– Tu ne peux pas la prendre quand ça te chante.
– Que dalle ! Tu as dit que je pouvais la prendre une fois donc je devrais pouvoir la prendre tout le temps.

– Hey viens là, prends ça.
Rapidement…
– Mais je ne veux pas porter ces trucs, arrête !
– Ben, tu es habillé comme un mec qui pousse de la fonte et tu montres tes muscles. Tu demandes à ce qu’on te fasses porter des trucs lourds ! C’est pas de ma faute.

– Merci d’avoir préparé le petit déjeuner ma chérie.
– Je t’en prie !
Le lendemain…
– Où est le petit déjeuner ?
– Je n’avais pas envie de cuisiner. Prends des céréales.
– Tu es ma femme et c’est ton devoir de cuisiner ! Maintenant fais moi des oeufs  ou ça va barder !

– J’ai apporté les cartes ! Maintenant je peux t’apprendre à jouer au poker.
– Cool !
Plus tard…
– Maintenant que je connais les règles, je ne crois pas que ce jeu soit pour moi.
– Tu ne peux pas m’inviter chez toi à jouer aux cartes et ensuite ne pas vouloir jouer aux cartes ! J’ai fait le trajet pour toi, alors tu me dois bien ça, tu joues.