Pubs sexistes : palmarès 2017 de l’élégance

© Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari

Cette année encore, l’industrie de la pub nous a régalé. Oui, malgré une énième étude révélant que l’adage beauf “le sexe vend” ne se vérifie pas, nous avons eu droit cette année à presque autant de pubs sexistes que de mauvaises imitations de Melania Trump. Ou de rediffusions du Gendarme de Saint-Tropez. Ou de lapsus gênants de Christophe Castaner. C’est à dire beaucoup trop.

Si vous aussi, vous voulez féliciter les publicitaires pour leur constance et leur acharnement presque lyrique à semer du sexisme dans votre champ de vision, votez pour la “création” crû 2017 qui vous sidère le plus, au bas de cette page. Le gagnant recevra un petit trophée aussi chic que lui.

Mairie de Béziers

C’est fidèle à son bon goût habituel que Robert Ménard, délicieux maire populiste de Béziers, s’est fendu d’une campagne d’affichage rappelant les grandes heures de la propagande institutionnelle. Vous y voyez une représentation brute et glaçante des violences conjugales? Pfff, vous n’avez vraiment rien compris, répond monsieur le maire, puisque c’est juste “une image type comics des années 60. Qu’est-ce que vous allez chercher là, hein?

 

Lynjet

– Bon, Jean-Louis, on dit que louer un jet c’est un jeu d’enfant. Donc tu me colles un jeu, un enfant, et hop, finito.
– Ouais, mais c’est pas hyper vendeur, un enfant.
– Même si on le déguise en aviateur, genre ?
– Bof.
– Ok, alors tu me colles une meuf bonne dans une tenue camouflage.
– Ah, mais du coup ça colle plus avec le slogan.
– Bah si, Jean-Louis. Si même une meuf peut le faire, c’est un jeu d’enfant, tu l’as ?

Gifi

Dans ce spot publicitaire qui allie les talents les plus convoités de l’Actor’s Studio, sexisme et grossophobie marchent main dans la main comme deux vieux potes que rien ni personne ne peut séparer. C’est presque émouvant.

Chambre des notaires de Paris

Le problème, avec les mauvais publicitaires, c’est qu’ils pensent toujours à mettre une femme nue quelque part, mais jamais à la manière dont ça changera leur concept de départ. Là, par exemple, quelqu’un aurait pu se dire qu’une femme nue paraphée à même la peau, ce n’était pas une très bonne idée pour parler d’actes notariés. Quelqu’un, n’importe qui, aurait pu se rendre compte à un moment donné, que c’était peut-être un peu glauque de marquer une femme nue comme on marquerait une vache dans un élevage ou comme on marquait une prostituée il n’y a pas si longtemps.  Mais… non. Personne.

Mairie de Béziers (encore !)

Le bon goût de Robert Ménard est décidément sans limite, puisque c’est en représentant une femme ligotée à une voie de chemin de fer, prête à être écrasée par un train, que la ville de Béziers a choisi de “mobiliser” ses habitants en faveur du TGV en Occitanie. Vous y voyez une blagounette de très mauvais goût sur cette femme qui a été assassinée par son compagnon de la même manière, quelques mois plus tôt? Pfff, vous êtes complètement à côté de la plaque, répond Bobby (le petit nom de monsieur de maire) : c’est rien de plus qu’une “référence à l’univers du western.


Volvic

Elle n’a pas l’air d’être là pour enfiler des perles. On se sait pas où elle va mais on suppose qu’elle y va pour signer un contrat à cent mille boules au bas mot. Ca a l’air d’être une business woman intraitable. Alors face à l’adversité, quand elle “réveille son volcan” (on imagine que ça veut dire “envoyer le pâté” ou un truc du genre), elle se transforme en… “reine du shopping”. Bon.

Saint Laurent

Des femmes sans tête (ou presque) mais avec des jambes. Très longues, très minces, très écartées. On dirait au pire des poupées gonflables, au mieux des bouts de chiffons qu’on a posé là. Que c’est original. Que c’est nouveau. Non, vraiment,y a pas à dire : le fait d’avoir enlevé “Yves” devant “Saint Laurent”, c’était vraiment gage d’une modernité folle.

Chauffage du Nord

Ca commence avec un slogan de qualité supérieure : “Chauffage du Nord, quand il fait froid, j’adore.” Déjà là, ça sent la grosse team créa. On ajoute une image achetée en promo sur un stock en ligne, la première de la série promo d’un film érotique du dimanche soir qui n’a pas fait un carton. Et hop, un modèle d’efficacité que l’on étudie déjà à coup sûr dans toutes les bonnes filières info-com de l’hexagone.

Twingo

Chère équipe de com Twingo,
Il aurait fallu choisir. Entre l’idée que les femmes sont de si mauvaises conductrices qu’elles font rien qu’à égratigner leur petite citadine trop mignonne, et l’idée qu’elles sont si futiles qu’elles rêvent d’assortir leurs ongles à leur petite citadine trop mignonne… Il aurait fallu choisir. Parce que nous, quand il y a trop de concepts dans une seule pub, on s’emmêle les pinceaux.
Cordialement,
Les femmes

Mauboussin

La marque de maroquinerie met en lumière les questionnements d’une femme en quête du sens de son existence. On savait qu’être une femme libérée, c’était pas si facile. Cette campagne audacieuse nous ouvre les yeux : ouhhh qu’il est compliqué de choisir entre les deux rôles qu’une femme peut endosser, à savoir décorer ou plaire.

 

“Je me réveille, paraître? Séduire?
Je prends ma douche, je me maquille, paraître? Séduire?
Je marche dans la ville, paraître? Séduire?
Je prends le métro, paraître? Séduire?
Je suis au travail, paraître? Séduire?
Je vais manger avec l’homme que j’aime, il est irrésistible, paraître? Séduire?
Etre simplement vraie, belle, sensuelle, authentique, vivre ma vie.
Mauboussin, un sac simplissime,
facile à vivre, envoûtant, réconfortant.
Un sac que j’aime pour une femme vraie.
Je t’attends, je t’aime.”

 

Qui remporte la palme 2017 de l’élégance ?