Relationship Status #4: Romy

© Hélène Tchen Cardenas

Parfois, le chemin de l’acceptation de soi passe par le dévoilement. Se mettre à poil, au propre ou au figuré, c’est s’obliger à se regarder en face. Pour Romy Alizée, poser nue a été une manière de s’approprier son corps, mais aussi un acte d’émancipation. Elle a posé pour des “grands”, comme on dit, de la photo nue. Ren HangRichard Kern. Des hommes, essentiellement, puisqu’ils trustent ce créneau. Et puis elle est passée de l’autre côté de l’appareil. Elle continue à se mettre en scène, mais c’est maintenant elle qui contrôle tout. Ses images crues, provocantes, drôles et terriblement sensuelles sont à découvrir dans le livre Furie, qui vient de sortir aux éditions Maria Inc.

Pour ce quatrième volet de la rubrique Relationship Status, Romy Alizée s’est prêtée au jeu de l’introspection !

Comment qualifieriez-vous votre relation avec votre corps?

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Cette rubrique est ouverte à toutes les personnes qui s’identifient comme femme et ont envie de partager leur cheminement vers l’acceptation de soi. Ecrivez-moi !
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Apaisée. J’ai perdu beaucoup de temps dans ma vie à vouloir avoir un corps différent, à me sentir “exclue du marché à la bonne meuf” pour reprendre la phrase de Virginie Despentes [dans King Kong théorie, ndlr]. Pendant mon adolescence, cela m’a profondément marquée : j’étais obsédée par mes bourrelets, persuadée qu’ils étaient là pour me punir. J’étais dans une fascination/haine qui s’est calmée ces dernières années. Il m’arrive encore de me regarder et d’être très dure avec mon reflet, pour autant, j’essaye de ne pas me focaliser dessus et de relativiser. Je me demande parfois quelles sont les raisons qui me poussent à envier des physiques plus normés. La société met davantage en valeur les corps des femmes et leur potentiel de baisabilité, plutôt que leurs personnalités ou leurs talents et je pense que cela a un impact terrible sur les femmes.

Votre relation avec le féminisme?

Mouvementée. À partir du moment où j’ai intégré le mot “féminisme”, j’ai commencé à me documenter énormément. J’adore lire sur le sujet, j’adore échanger avec des personnes très informées comme totalement novices voire réfractaires. J’ai tendance à être très impliquée émotionnellement quand je discute d’idées ce qui me cause parfois des conflits. Parfois, j’en ai marre de débattre. J’ai mes propres idées qui sont le fruit de mes lectures et fréquentations et sur certains sujets, comme la prostitution ou plus globalement le travail du sexe, je suis facilement blasée par la platitude des arguments qu’on m’avance. Alors parfois, je n’entre pas en débat. Par ailleurs, j’adore discuter avec des hommes, j’ai fait lire le livre Les luttes des putes de Thierry Schaffauser à des potes et je sais que certains ont appris des choses. J’aime énormément parler avec mon copain, aussi. On débat souvent de l’utilité du féminisme marketing. Je me demande si sur le long terme cela peut vraiment avoir un impact sur les droits des femmes, et les droits LGBTQ. Personnellement, j’ai de gros doutes. Le féminisme est cool et toléré lorsqu’il est consensuel et ne transgresse pas les règles. Comment se fait-il qu’on parle d’émancipation des femmes et que par la même occasion on censure celles qui veulent par exemple parler de pornographie, de prostitution, et à qui on nie toute légitimité ? Dans mon travail j’essaye de ne pas être consensuelle, mais le résultat est que pour des musées, des institutions, c’est classé “porno”. Les femmes, lorsqu’elles parlent de sexe et le montrent, restent marginalisées, à moins qu’elles aient un gros produit à vendre qui puisse rapporter du fric à quelques personnes. Heureusement, j’ai autour de moi des personnes fabuleuses dont j’apprends beaucoup et qui nourrissent tous les jours ma vision du féminisme. Avec elles, le féminisme est concret.

Votre relation avec les autres femmes?

Elles sont partout dans ma vie. J’ai grandi dans un cocon avec ma mère et ma soeur où les hommes représentaient une menace. Ce que j’en ai gardé, c’est une certaine facilité à développer des amitiés avec les femmes. Quand j’ai un coup de mou, je pense à certaines copines qui font des choses qui m’impressionnent, et ça me motive énormément. Les images que je fais sont quand même le fruit d’un encouragement sur des mois de la part de mes deux meilleures amies. Elles m’ont donné beaucoup de confiance en moi et au passage elles m’ont offert un appareil photo pour mes 25 ans. Ce que j’aime avec toutes les femmes que je rencontre, c’est qu’il y a beaucoup de sororité, jamais de jugement par rapport à ce que je fais. C’est précieux.

Votre relation avec votre personne préférée?

Je suis une personne plutôt demandeuse d’attention et qui a besoin de pouvoir aimer sans retenue. Ça fait de moi quelqu’un de très sensible et même si ça peut sembler parfois excessif, au moins quand j’aime, je suis à fond.

Votre relation avec votre genre?

Romy à 3 ans.

Quand j’étais gamine, j’étais obsédée par les codes de la féminité. Je jouais aux Barbie avant même de savoir marcher, je chaussais les escarpins violets de ma mère tous les jours, je ne sortais jamais sans des tas de bijoux et sacs à mains, bref pour moi êre une fille c’était ça. Puis un jour, j’ai écouté du grunge, j’ai rencontré des modèles de femmes aux cheveux courts, qui hurlaient dans des micros les bourrelets à l’air et qui n’avaient pas leur langue dans leur poche. Je suis sortie de l’idée qu’il n’y avait qu’un type de féminité, que les femmes sont multiples et que ce sont ces richesses que l’on devrait voir tout autour de nous. Maintenant il est temps d’éclater ces stéréotypes une bonne fois pour toutes, de célébrer toutes les femmes, de mettre en avant les innombrables talents que nous avons, et de faire un énorme fuck à ceux qui veulent capitaliser sur nos culs et nos discours. Moi, je n’en peux plus de me faire emmerder juste parce que j’ai des seins et un vagin, ça me rend triste de lire dans les guides de voyage un passage sur “est-ce que c’est safe ou pas pour une femme seule”, je ne veux pas qu’on m’emmerde si je ne sais pas cuisiner, si je ne suis pas assez ambitieuse, si j’ignore quand et si j’aurai des enfants et si oui ou non j’allaiterai, et j’aimerais pouvoir grossir et maigrir à ma guise sans que ça intéresse qui que ce soit.

Votre relation avec votre sexualité?

Ça a longtemps été le grand chaos, ça ne l’est plus et heureusement. Je n’aurais plus l’énergie de papillonner, d’avoir des dates avec autant d’inconnu·e·s. Je suis ressortie blasée de mes années butinages. Beaucoup de perte de temps et d’illusions à travers des relations sexuelles ennuyeuses, voire agressives. J’ai retrouvé le sens du mot “désir” avec mon copain. Je l’avais totalement perdu avant, dans un tourbillon de sexe facile. Je n’ai plus jamais envie d’être dans la consommation sexuelle d’êtres humains.

Votre relation avec l’adolescente que vous avez été?

Romy à 16 ans.

Quand je pense à moi plus jeune, j’ai beaucoup de tendresse parce que cette période n’a pas été facile sur bien des points. Je trouve que je m’en suis bien sortie entre notes excellentes au lycée, vie familiale mouvementée dans une ville de campagne et relation chaotique avec mes désirs naissants. Heureusement, à 15 ans je suis tombée dans la culture goth en achetant la revue Elegy, et ma vie a alors pu démarrer !

Votre relation avec l’âge adulte?

Très bizarre, à la fois je me sens très éloignée de moi il y a quelques années, en même temps j’ai encore de bons moments où je me sens comme un petit bébé qui a besoin de réconfort. J’ai souffert quelques temps de l’injonction à la réussite sociale, aux études brillantes. J’étais douée à l’école et j’ai tout foiré dans le supérieur. Rien ne m’intéressait, en tout cas je voulais en finir avec les obligations : se lever tôt, partir à la fac/au travail, rendre des comptes. Quelle horreur ! Pendant des années j’ai prié pour que jamais dans ma vie je ne sois obligée de me lever à 7h du matin. Je suis très bien dans ma vie actuelle, je fais mes photos dans mon coin, à l’heure que je veux, sans ambition particulière, je prends mon temps et je travaille ce qu’il faut pour vivre, sans pression.

Votre relation avec l’image que vous renvoyez aux autres?

Dès lors que j’ai commencé à faire des autoportraits, une certaine image de moi s’est créée, celle d’une fille qui assume, qui ose, qui n’a pas froid aux yeux. Cette partie là, c’est bien moi. Puis, il y a le personnage qui m’habite, plus dominatrice, une vraie reine dans son petit royaume où tout n’est que sexe. Mon image, c’est un mélange entre tout ça, et j’avoue ne pas m’en préoccuper tant que ça. De toute façon, le sexe pour moi est un moyen de reprise de pouvoir, de détournement des codes de ce qui fait d’une fille quelqu’un de respectable ou pas. J’aime bien jouer à la mauvaise fille, faire ce qui semble, à première vue, trop audacieux. Je me fiche totalement de ce qu’on peut projeter sur moi de négatif, même si finalement, c’est plutôt en positif qu’on vient généralement me parler. Les gens ressentent ma libérté à faire ces images, et ma totale absence de pudeur, ça en rassure et en encourage beaucoup.

Votre relation avec votre miroir?

© Hélène Tchen Cardenas

J’ai une utilisation très pratique du miroir, j’adore regarder à quoi ressemble ma vulve, contempler mon dos et mes fesses. Parfois je scrute aussi mon visage, ses traits, mon grain de peau, les petites rougeurs. Les miroirs sont omniprésents chez moi, je trouve qu’ils amènent de l’énergie et de la lumière. Je ne les évite absolument pas !